MONTRÉAL – Karel St-Laurent ne voulait pas de la pitié de Shea Weber.
S’il était là, devant le filet, ce n’était pas pour qu’on le ménage. Au meilleur de ses capacités, l’instant d’une séance d’entraînement avec le défenseur blessé du Canadien, le gardien de la Ligue nord-américaine de hockey (LNAH) allait faire son possible pour repousser ses tirs.
« Je savais que Shea était reconnu pour son slapshot, mais la première chose que je lui ai dite en le rencontrant c’est : “Ne te retiens pas juste parce que c’est moi”. »
Tant mieux, lui a alors fait comprendre le colosse, car là n’était pas son intention de toute façon.
« J’ai comme compris que j’étais dans la m**** », rigolait récemment St-Laurent en relatant la scène s’étant déroulée il y a 8 ans au Complexe sportif Bell de Brossard.
« La première shot, il m’a pincé solide sur le bras. Je me suis alors dit : “Quel sans-dessin je suis! Je n’ai pas pris la meilleure des décisions”.
« Mais de fil en aiguille j’ai continué. J’aimais ça. »
Au point où, encore aujourd’hui, St-Laurent est toujours prêt à répondre à l’appel pour prêter main forte au CH quand on a besoin de lui. Weber n’est plus là pour ramollir encore un peu plus son armure de quelques boulets, mais d’autres ont pris le relais.
Anecdotes sur la vie de gardien d’entraînement du Canadien.
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C’est au cours de la saison 2017-2018 que St-Laurent a pour la première fois offert ses services au Canadien.
À l’époque membre des Éperviers de Sorel dans la LNAH, St-Laurent venait de disputer un match amical avec « une gang de chums » au Complexe d’entraînement du Canadien quand il a repéré une vieille connaissance sur une patinoire adjacente.
Patrick Delisle-Houde, son ancien coéquipier à l’Université McGill, s’y trouvait en compagnie de Weber et David Schlemko, veillant à la rééducation des deux défenseurs blessés à titre de coordonnateur à la préparation physique des joueurs du Canadien.
« Il n’y avait pas de goaler et ils lançaient dans un filet vide. Je trouvais ça plate, alors je l’ai texté le jour même. »
Delisle-Houde a alors informé l’organisation que St-Laurent se portait volontaire pour braver les tirs de Weber et Schlemko. Une proposition qui a rapidement été acceptée.
« Ça me donnait de la glace et ça me gardait sharp. »
Peu après, l’entraîneur-chef de l’époque, Claude Julien, a proposé à son entraîneur des gardiens Stéphane Waite d’offrir plus de piges à St-Laurent, histoire de soulager Carey Price de quelques séances d’entraînement. Le Canadien ne pouvant rappeler un remplaçant de son club-école que pour une pratique, St-Laurent se présentait alors comme une option opportune.
« Ç’a commencé comme ça et c’est resté. »

Toujours disponible
À l’exception des saisons perturbées par la pandémie de COVID-19, St-Laurent a régulièrement été appelé en renfort depuis.
Sa carrière de joueur professionnel étant depuis peu derrière lui, St-Laurent se consacre aujourd’hui à temps plein à son métier d’entraîneur des gardiens des Riverains du Collègue Charles-Lemoyne dans le M18 AAA. À ce mandat s’ajoute celui d’encadrer les gardiennes de l’équipe nationale olympique italienne depuis 2023.
Bref, St-Laurent est un homme occupé. N’empêche, il reste toujours à la disposition du Canadien.
À l’occasion, St-Laurent est informé à l’avance des jours où sa présence sera requise à Brossard. Les séquences de deux matchs en autant de jours sont entre autres propices à un appel de service.
« Parfois, c’est selon la journée. Si par exemple Monty (Samuel Montembeault) a reçu 45 tirs [dans un match], ça se peut que le lendemain ce soit plus smooth à la pratique et qu’ils me textent à la dernière minute. Vers 23 h, ça se peut que je reçoive un texto. Mais ils me disent d’avance de surveiller mon cellulaire. »
Une fois sur place, St-Laurent est souvent invité à s’installer dans le demi-cercle quand les gardiens de l’équipe ont complété leurs répétitions.
« Ça se peut que je reçoive juste 10 shots, comme je peux en recevoir une cinquantaine. »
St-Laurent est aussi souvent appelé à contribuer quand Adam Nicholas, directeur du développement hockey, vient faire son tour à l’entraînement pour parfaire les habiletés de la relève.
« Je suis la planche de plywood qui reçoit tous les one-timers. »
— Karel St-Laurent
St-Laurent n’échangerait pas pour autant sa place avec personne.
« C’est un rêve de jeunesse que d’être dans l’environnement du Canadien. Je connais pas mal tous les gars et quand je les croise, ils sont contents de me voir, qu’ils aient perdu ou pas la veille », apprécie l’ancien gardien des Sea Dogs de Saint John qui a déjà participé à un camp d’entraînement des Canucks de Vancouver.
« En huit ans, je n’ai jamais rien demandé. Pas même un chandail autographié ou quoi que ce soit d’autre. Quand je m’en vais là, j’embarque sur la glace et je fais ma besogne. […] Je pense que c’est pour ça qu’ils continuent de me rappeler. J’ai joué pro, je sais c’est quoi la réalité. Quand j’embarque sur la glace, je suis là pour être business. That’s it. »
Reste qu’il y a quand même moyen de s’amuser un peu.
Caufield imprévisible, Ylönen impitoyable
Invité à identifier un moment où il a pu bomber le torse, St-Laurent ne tarde pas à se remémorer la séquence où il a frustré Cole Caufield trois fois de suite.
Pour une 3e fois de suite, Karel St-Laurent dit NON à Caufield! MVP
— Marc-André Perreault (@MA_PerreaultTVA) October 18, 2022
🔵⚪️🔴 pic.twitter.com/M1CDFOIA41
Mais ça, c’était il y a trois ans. Disons que le petit no 13 est aujourd’hui beaucoup plus impitoyable avec quiconque se dresse devant lui et le filet.
« Il ne me bat peut-être pas chaque fois, mais il a pris un autre step, reconnaît St-Laurent. Il est imprévisible, il lance de partout. Il est solide. »
Ce que St-Laurent n’aurait aussi pu prédire un certain matin, c’est une feinte qu’allait lui réserver l’attaquant Jesse Ylönen.
« Il m’a vraiment déculotté. »
@CanadiensMTL Avez-vous récupéré mes culottes de la 8e rangée après le but? 😅
— Karel St-Laurent (@stlaurent35) April 3, 2023
À l’aide de leur redoutable lancer, Joel Armia et plus récemment Patrik Laine, ont aussi été sans merci par moments. Mais qu’il fasse les arrêts ou non dans ces défis amicaux qui clôturent souvent les séances d’entraînement, St-Laurent dit se sentir apprécié de ses collègues occasionnels.
« C’est comme si je fais partie de l’organisation, et c’est ça qui est le fun », note-t-il en faisant remarquer que Brendan Gallagher et lui sont actuellement les employés du groupe avec le plus d’ancienneté.
« Récemment, pour blaguer, je l’ai regardé et lui ai dit : “Tu sais que toi et moi on est les OG, les original ones?" »

St-Laurent est donc un témoin privilégié de la récente montée en puissance de la jeune troupe de Martin St-Louis.
« J’ai la chance d’être à l’interne et la chimie, je la vois. Les gars sont tissés serrés. Le noyau de l’équipe, les jeunes, ils s’entendent super bien. Ça reste une business et demain matin ça se pourrait que l’un d’entre eux se fasse échanger. Ça fait partie de la game, mais le noyau qu’il y a en ce moment, c’est intéressant. »
À sa façon, St-Laurent compte continuer de contribuer à la croissance de celui-ci, tant que le corps suivra.
« On dirait que je retombe en enfance chaque fois que je suis là et je viens juste d’avoir 35 ans. Quand j’ai commencé ça, j’avais 25 ou 26 ans. Le lendemain des pratiques, j’ai le corps un peu plus endolori qu’autrefois, mais ce n’est rien de dramatique. Je vais continuer à le faire tant que je vais pouvoir. »
Sans faveur. Toujours.




