TAMPA - Cinquante-neuf secondes après le début de la première période de prolongation, Martin St-Louis a fait signe aux arbitres lors d’un arrêt de jeu. L’entraîneur-chef du Canadien leur a signifié sa décision de réclamer un temps d’arrêt de 30 secondes.
« Mais qu’est-ce que «Marty» fait là? », a clamé le grand Phil Esposito qui agit à titre d’analyste des matchs du Lightning à la radio de Tampa Bay.
Non! Je n’écoutais pas le match en roulant en décapotable le long de la mer. Mais comme il n’y a qu’un monte-charge qui relie la galerie de presse au niveau de la patinoire sept étages plus bas, il vaut mieux s’y prendre de bonne heure pour faire le trajet, car tout, absolument tout, passe par ce monte-charge.
C’est donc de la salle de presse que j’ai suivi la fin de la troisième période et le début de la prolongation avec, en prime, les commentaires du légendaire Phil Esposito dont la statue accueille fièrement les partisans du Lightning à leur arrivée au Benchmark International Arena.
Le bon Phil a passé les 30 secondes à se demander pourquoi Martin St-Louis avait réclamé ce temps d’arrêt. Il a eu sa réponse 23 secondes plus tard lorsque Juraj Slafkovsky a complété son tour du chapeau pour donner une victoire de 4-3 au Canadien et propulsé le Tricolore en avant 1-0 dans la série qui l’oppose au Lightning de Tampa Bay.
Pourquoi diable réclamer un temps d’arrêt si tôt en prolongation? Après tout, les joueurs de St-Louis, comme leurs adversaires, venaient de passer 16 minutes dans leur vestiaire respectif pour justement reprendre leur souffle, se préparer, se concentrer.
« On était en avantage numérique, les gars venaient de passer une minute (59 secondes) sur la patinoire et il restait une quarantaine de secondes à notre supériorité numérique. Je n’allais quand même pas attendre la troisième prolongation, car je ne savais pas si on se rendrait là. Je voulais qu’ils reprennent leur souffle et je voulais qu’on se parle un peu. La mise en jeu était du côté gauche. Ce n’est pas le côté fort de «Suzie» même s’il a connu un match solide aux cercles des mises en jeu », a expliqué St-Louis.
À la reprise du jeu, Nick Suzuki a bel et bien gagné la mise en jeu – il a terminé la soirée avec 15 mises en jeu gagnées sur les 21 disputées – devant Anthony Cirelli en plus. Elle est revenue en zone du Canadien d’où le capitaine a amorcé une poussée vers la zone ennemie. Il a passé la rondelle à Lane Hutson qui a repéré Slafkovsky qui s’était libéré dans l’enclave d’où il a déjoué le grand Andreï Valisevskiy pour la troisième fois du match.
Martin St-Louis n’a pas marqué ce but. Mais il y a contribué à sa façon.
Et vous savez quoi? St-Louis aurait pu être privé de cette arme magique en prolongation s’il avait décidé de le réclamer en milieu de deuxième période lorsque des buts de Darren Raddysh et Brandon Hagel, marqués en 29 secondes, ont permis au Lightning de transformer l’avance de 1-0 du Tricolore en déficit de 2-1.
« J’ai fait confiance au gars. Ils ont marqué deux fois rapidement. Il n’y avait pas de quoi paniquer. Il restait beaucoup de temps au match et les gars savent que lorsqu’on accorde un but on passe en mode : ok next! S’ils en avaient marqué trois de suite, je ne sais pas. Mais là, je voulais faire confiance au gars et leur démontrer », que St-Louis a expliqué.
L’homme des grandes occasions
Si Martin St-Louis a fait plus que sa part derrière le banc, ses joueurs ont fait le gros du boulot sur la patinoire. À commencer par Juraj Slafkovsky avec ses trois buts.
Slafkovsky est rendu à cinq buts en six matchs de séries éliminatoires.
Autre preuve qu’on peut le qualifier d’homme des grandes occasions même s’il n’a pas encore 22 ans, il revendique aussi 11 buts et 15 points en 13 matchs disputés lors des deux derniers tournois olympiques avec sa Slovaquie natale.
« Juraj a joué selon son identité ce soir. Et je ne parle pas seulement de ses buts. Il a été physique. Il s’est imposé. Il joue avec une grande confiance », a affirmé Martin St-Louis.
Avec raison. Car si Slafkovsky a fait bien paraître ses compagnons de jeu avec trois buts marqués en attaques massives, il les a tirés tout le match à forces égales.
« Je voulais amorcer le match en étant physique. Je l’ai été», a mentionné Slafkovsky qui a aussi été solidement épinglé par Ryan McDonagh en deuxième période. Il a répliqué avec quelques coups de bâton. Mais a surtout répliqué avec le premier de ses trois buts.
« C’était une bonne mise en échec. Solide. Légale. Oui j’ai répliqué un peu, mais une fois au banc, je suis vite passé à autre chose », que la vedette de la rencontre a affirmé.
Slafkovsky ne l’a pas gagné seul, ce premier match.
Jakub Dobes, avec ses 20 arrêts, a aussi joué un rôle de premier plan dans la victoire.
Josh Anderson, en plus de marquer le premier but du match, a été à la chasse aux joueurs du Lightning toute la rencontre. Et le bon Josh a maintenu sa fougue malgré les deux pénalités mineures – dont une pour assaut aux dépens de Charle-Édouard d’Astous qui n’est pas revenu dans le match – qu’il a écopées pour jouer un rôle tout aussi important que le gardien.
Sans oublier Mike Matheson et Alexandre Carrier qui ont été brillants en défensive et bien plus efficace à court d’un homme que les deux buts marqués en cinq occasions pas le Lightning peuvent le laisser croire.
De fait, il est difficile d’identifier un joueur du Tricolore qui n’a pas aidé la cause de son équipe. Arber Xhekaj et Jayden Struble ont fait mentir ceux et celles – je faisais partie du groupe – qui anticipaient le pire de la part de ce duo face à une attaque aussi soutenue que celle du Lightning. Ils ont gardé les choses simples, distribuer de bonnes mises en échec (cinq pour Xhekaj, deux pour Struble) et, en prime, «Arber» s’est bien gardé de tomber pieds et poings liés dans les pièges tendus par le Lightning après les coups de sifflet.
Jon Cooper désarçonné
Le Canadien a servi une sérieuse mise en garde aux joueurs du Lightning et à leurs partisans qui croyaient que la série contre le Tricolore serait facile. Qu’elle ne serait qu’une formalité !
Jon Cooper était d’ailleurs dépité lorsqu’il s’est présenté en salle de presse. « Si on joue comme on l’a fait ce soir, la série sera bien plus courte qu’on l’anticipait. »
Déçu l’entraîneur-chef du Lightning?
Mettez-en!
« Ce n’est pas d’avoir perdu qui me choque. C’est la façon dont on a perdu. Tu peux jouer comme on l’a fait ce soir dans le match 62 de la saison. Passe encore. Mais le premier match des séries? On ne peut pas accorder trois buts en six attaques massives et penser gagner. Une efficacité de 50 % en désavantage numérique, ce n’est pas assez pour gagner. Mais si tu joues pour 50 % et que tu ne donnes que deux attaques à cinq à l’adversaire, tu peux encore t’en tirer. Mais ce soir, on a pris quoi? Six pénalités. Des pénalités qu’on aurait pu éviter. Nous sommes responsables de ce qui nous est arrivé. Nous avons déjà perdu des séries après avoir gagné le premier match. Déjà gagné des séries après avoir perdu le premier match. Je ne veux pas trop m’emporter. Nous ne sommes pas encore au pied du mur. Mais 15 minutes après un match comme celui de ce soir, c’est difficile. Il faut maintenant gagner quatre des six prochains matchs », que Cooper a conclu avant de lever les feutres.
Dans le vestiaire des perdants, Ryan McDonagh et Brandon Hagel, le meilleur joueur dans le camp du Lightning, ont été les seuls à affronter les journalistes.
Les deux équipes s’entraîneront mardi. Dans des humeurs différentes, il est clair.
Le Canadien et le Lightning se croiseront mardi dans le cadre du deuxième match de cette série qui migrera ensuite vers le nord alors que les équipes se croiseront au Centre Bell vendredi et dimanche prochain.











