MONTRÉAL - Après deux finales de la coupe Stanley consécutives, les Oilers d’Edmonton sont tombés dès la première ronde.
Et contrairement aux Stars de Dallas qui ont été victime du système des séries très injuste qui les a contraints à croiser la troisième force de l’Association Ouest, et d’être éliminés par le Wild du Minnesota, les Oilers n’ont qu’eux à blâmer.
L’analyse brutalement juste de Connor McDavid qui a indiqué, jeudi, après le revers de 5-2 qui l’a envoyé en vacances, que les Oilers formaient « une équipe ordinaire qui avait de grands objectifs » illustre à quel point les blâmes doivent mettre cette organisation en échec sur plusieurs fronts.
Un club pas même capable de sortir gagnant de la « bataille d’oreillers » l’opposant à des rivaux de la Section Pacifique. La plus faible, et de très loin, de la LNH. Est-il besoin de rappeler que les Oilers ont récolté cinq points de moins que les Flyers de Philadelphie, huitièmes dans l’Est?
De vulnérables à atroces
Vulnérables en défensive depuis toujours, les Oilers ont été rien de moins qu’atroces dans cette série qu’ils ont perdue en six matchs contre les Ducks d’Anaheim. Des jeunes Ducks qui les ont fait affreusement mal paraître en profitant de tous les cadeaux que la défensive des Oilers leur ont gentiment offerts tout au long de la série.
Les Oilers ont terminé cette série avec une « efficacité » de 50 % en désavantage numérique. Vous avez bien lu. Ils ont accordé huit buts en 16 attaques massives aux Ducks. Pas question d’enlever aux Canards la part de mérite qui leur revient, mais pour donner huit buts en 16 désavantages numériques, il faut qu’un club soit mauvais en simonac en défensive.
Avec une telle médiocrité à court d’un homme, il n’est pas étonnant que les Oilers aient accordé 4,33 buts en moyenne par match. Difficile de gagner quand tu as un tel gouffre à combler.
Cette générosité en défensive a miné les chances des Oilers qui ont pourtant marqué 3,5 buts par partie, qui ont compté sur le meilleur marqueur de la première ronde – Leon Draisaitl a marqué trois buts et totalisé 10 points en six rencontres – affiché une efficacité de 28,6 % en attaque massive – quatre buts en 14 occasions – et marqué le premier but de la rencontre dans cinq des six duels entre les deux équipes. Les Oilers n’ont gagné que deux fois.
Pas surprenant alors que Leon Draisaitl ait terminé la série avec un différentiel de -2. Un différentiel excellent en comparaison aux -7 et -8 affichés par Evan Bouchard et Connor McDavid.
Premier coupable : Stan Bowman
Connor McDavid et ses coéquipiers doivent être pointés du doigt. C’est clair. De fait, McDavid n’était pas l’ombre du joueur qu’il est en séries. Blessé? Ça semblait évident. Mais quand même. Au-delà de son petit but et les six points à sa fiche, une production un brin timide, on en conviendra tous, il a multiplié les bourdes dans les trois zones. Il a tenté très souvent, trop souvent, de tout faire seul avec les résultats qu’on connaît maintenant. Un peu à l’image de ce qu’il a fait en prolongation, contre les USA, dans le match de médaille d’or aux JO de Milan en février dernier. Pis encore, on l’a vu afficher une forme de je-m’en-foutisme aussi inhabituel qu’inacceptable de la part du « meilleur joueur de hockey au monde ».
Mais le plus grand responsable de cette éviction dès la première ronde est, à mes yeux, le directeur général Stan Bowman.
Bowman a reçu un cadeau tombé tout droit du ciel lorsque Connor McDavid a indiqué aux Oilers, avant la saison, qu’il était prêt à se « contenter » d’un salaire de 12,5 millions $ pour trois ans.
C’est quand même 1,5 million $ de moins par saison que son complice Leon Draisaitl.
Le message de McDavid à la direction était simple : je me « contente » de 12,5 millions $ pour vous donner l’occasion de renflouer la défensive. D’ajouter la profondeur nécessaire pour traverser la saison et se rendre à la coupe Stanley qui lui a glissé entre les mains lors des deux dernières années.
Qu’est-ce que Bowman a fait avec ces millions $ offerts par McDavid?
Il a offert une prolongation de contrat de sept ans et 49 millions $ au défenseur Jake Wallman. Déjà que les Oilers « gaspillent » 9,25 millions $ par année avec Darnell Nurse.
Mais Bowman a fait pire. Bien pire. Il a cru bon d’échanger Stuart Skinner et d’ajouter Brett Kulak en prime pour Tristan Jarry qui n’a pas même été en mesure de garder le titre de gardien numéro un qui l’attendait à Edmonton.
Jarry, qui n’a pas fait le travail, est assis sur un contrat valide encore pour deux saisons. Et Connor Ingram, malchanceux lors du match décisif de jeudi, est rendu à 29 ans. Il se fait tard pour hériter d’un titre de numéro un. Du moins il me semble.
Non seulement Jarry est loin d’avoir été en mesure d’égaler les performances de Stuart Skinner qui, malgré ses lacunes, a quand même permis aux Oilers de se rendre à deux finales de la coupe Stanley consécutives, mais Bowman s’est « débarrassé » de Brett Kulak qui donnait de bons loyaux services aux Oilers. De Kulak qui aurait été bien utile en première ronde.
Comment convaincre McDavid de rester?
Bowman a très mal amorcé son règne à la tête des Oilers. Les prochains mois seront déterminants, car huit joueurs, six attaquants, un défenseur et un gardien pourront profiter de l’autonomie complète l’été prochain.
Kasperi Kapanen, le meilleur franc-tireur des Oilers en première ronde – 4 buts, six points et le meilleur différentiel de l’équipe avec un +7 – est-il vraiment le genre de joueur dont les Oilers ont besoin pour solidifier leur noyau? À 29 ans, il soulève encore plus de questions qu’il offre de réponses. Mais à 1,3 million $, il ne coûte pas cher et de devrait pas faire sauter la banque...
Mais il faudra dépenser pour combler les places laissées vides par les départs des autres joueurs autonomes. Et les Oilers n’ont pas les moyens financiers – une marge sous le plafond de 16,5 millions $ est disponible pour l’instant en vue de la saison 2026-27 selon le site spécialisé PuckPedia – pour attirer des joueurs autonomes de premier plan.
Et ce n’est pas comme si Bowman pourra compter sur le repêchage pour l’aider : les Oilers n’ont pas de choix de première ronde pour les deux prochaines années. L’été prochain – à moins de transactions – ils profiteront de choix de deuxième, de troisième, de sixième et septième rondes. L’an prochain? Des choix de deuxième, de cinquième (2 fois) de sixième et de septième ronde. En 28 et 29, ils n’ont pas de choix de deuxième ronde... pour l’instant.
Pas facile donc pour Stan Bowman de renflouer son équipe afin de donner des motifs raisonnables à Connor McDavid de ne pas quitter Edmonton en courant dans deux ans... ou moins s’il réclame une transaction.
Bowman pourrait toujours congédier Kris Knoblauch. Ce serait facile. Trop! Surtout que Knoblauch a été amené à Edmonton en relève à Jay Woodcroft parce qu’il était proche de McDavid qu’il avait dirigé dans les rangs juniors.
Et en passant, Woodcroft était le chef d’orchestre de l’attaque massive des Ducks qui a fait si mal paraître les Oilers en première ronde.
Comme quoi l’entraîneur-chef n’est peut-être pas le problème à Edmonton. Que le vrai problème des Oilers est bel et bien qu’ils forment un club bien ordinaire, qui compte sur deux joueurs extraordinaires en McDavid et Draisaitl !
Pas question d’ajouter le nom d’Evan Bouchard à ceux de McDavid et Draisaitl. Il récolte des points, c’est vrai. Mais en défensive... Ça se complique pas mal.
Le temps est peut-être venu à Edmonton d’orchestrer un grand coup. De se défaire de l’un des deux joueurs extraordinaires pour amorcer une reconstruction qui permettra aux Oilers de ne plus se contenter d’être un club ordinaire qui se fixe des objectifs impossibles à atteindre.








