LAVAL – Daniel Jacob colle ses paumes l’une contre l’autre et lève les yeux au ciel, puis approche ses mains de sa poitrine dans un mouvement de va-et-vient. Une petite prière pour commencer la semaine dans les coulisses de la Place Bell.
Sa réaction est provoquée par la question suivante, elle-même inspirée d’une intéressante conversation qui se termine près du vestiaire du Rocket : serait-ce l’année où Filip Mešár a compris et accepté les sacrifices qu’il doit faire pour connaître un succès durable au niveau professionnel? « On le souhaite », conclut son entraîneur-chef.
Dans le ton de Jacob, pas d’agressivité ni de désespoir. Si vous lisez sa citation et que vous réentendez l’ultimatum que Michel Therrien avait lancé à Ryan White après un mauvais match contre les Sabres de Buffalo (“Y est mieux de comprendre...”), vous n’y êtes pas du tout.
« C’est un estifi de bon kid, on veut vraiment que ça marche pour lui. »
— Daniel Jacob
Le coach admet cependant que la version de Mešár qu’il voit depuis le début de la saison, celle qui a amassé six points à ses neuf premiers matchs, oui, mais aussi qui joue en désavantage numérique, qui comprend mieux l’importance de son implication en zone défensive et qui hésite moins à mettre son nez dans le trafic, cette version-là, est le fruit de deux longues années d’enseignement, de répétitions et de petites frustrations.
« Ah mon Dieu! », échappe Jacob en repensant à ce parcours du combattant.
« Tu sais, il n’est pas tout seul. C’est quelque chose qui est important pour tout joueur de hockey. Mais lui, il a de bonnes habiletés, il est capable de faire des jeux, mais le jeu ne se prête pas toujours à ça. Parfois oui, mais souvent, il faut que ça commence à l’intérieur et ensuite, ça va s’ouvrir. C’est ce qu’il semble avoir compris cette année. »
Avant d’arriver à l’entraînement du Rocket, on avait passé une commande à nos amis chez Sportlogiq pour voir si la bonne production de Mešár pour amorcer sa troisième saison dans la Ligue américaine s’expliquait justement par de meilleures habitudes de travail. Les chiffres qui nous ont été renvoyés ne le laissaient pas entendre.
Dans le modeste échantillon offert par les quatre premières semaines du calendrier du Rocket, Mešár ne passe pas plus de temps dans le bas de l’enclave, n’y rejoint pas plus ses coéquipiers et ne se crée pas plus de chances de marquer qu’à son habitude.
Avant même d’être questionné sur le sujet, Jacob affirme pourtant qu’il voit une grosse amélioration dans les endroits sur la glace où l’ailier slovaque accepte d’aller travailler.
« Je pense que la différence avec ‘Mesh’ comparativement aux autres années, c’est que ses points maintenant viennent de l’intérieur. Ce ne sont pas des points d’avantage numérique non plus. Je vois un joueur différent qui est moins périmètre, qui est plus à l’intérieur. »
Jacob ne veut pas crier victoire trop vite. Il souligne que Mešár est retombé dans ses vieilles habitudes samedi dans la défaite aux mains des Hammers de Hamilton. « Son premier mindset, ça doit être d’aller au filet, ensuite d’être un shooter. Il l’a fait depuis le début de l’année et il a été récompensé. »
« C’est automatique maintenant dans ma tête »
Mešár était sorti des blocs en force il y a deux ans, au début de sa première saison complète à Laval. Il avait inscrit trois points dès son premier match et en totalisait cinq après quatre parties.
« Mais dans la façon dont je joue, je me sens beaucoup mieux maintenant sur la glace », compare l’athlète de 22 ans. Il dit récolter les fruits des innombrables séances vidéo auxquelles le conviait Jacob à l’époque où il était adjoint à Pascal Vincent. Des heures de visionnement durant lesquelles le pédagogue a voulu sensibiliser son élève aux vertus du jeu défensif.
« En zone défensive, quand je fais ces choses qu’il veut que je fasse, je récupère immédiatement la rondelle et je peux ensuite tomber dans mes forces naturelles, c’est-à-dire patiner avec la rondelle et créer des jeux. »
« Je dirais que c’est automatique maintenant dans ma tête. Depuis deux ans, on le travaille, on le pratique, on le répète. Et aujourd’hui, c’est automatique. Tout me semble plus facile. »
— Filip Mesar
Conscient des périodes creuses qui ont ponctué le début de sa carrière, Mešár reste prudent quand on lui demande s’il a l’impression qu’il pourra reproduire ses performances actuelles sur la durée. « C’est trop tôt pour le dire, honnêtement, on verra à la fin de la saison. Mais je me sens vraiment bien et j’espère que ça va rester comme ça. »
Le choix de première ronde du Canadien, le 26e du repêchage de 2022, dispute présentement la dernière année de son contrat d’entrée dans la Ligue nationale. Le rêve est encore d’atteindre la LNH, assure-t-il, et quelques mois après avoir vu le Canadien passer à un autre appel avec d’anciens espoirs comme Sean Farrell, Joshua Roy, Luke Tuch et William Trudeau, Mešár espère encore percer au sein de l’organisation qui a misé sur son potentiel.
« Je veux leur prouver qu’ils ont fait le bon choix. »
— Filip Mesar
Pour ce faire, Mešár doit se résigner à modifier l’image du joueur auquel il s’est toujours identifié. Ça aura pris quelques années, mais il semble finalement l’avoir accepté.
« C’est dur à accepter parce que tu as l’impression que tu as été repêché d’une certaine façon, comprend Jacob. Mais à un moment donné, la chaise peut changer. Est-ce que c’est sur un tabouret que tu vas devoir t’asseoir dans la Ligue nationale? Est-ce que c’est sur une chaise en plastique, une chaise en bois? Je ne sais pas, mais il faut que tu trouves cette chaise-là pour avoir une porte d’entrée. »
« Je pense que là, il a plus de cordes à son arc pour y arriver. J’ai hâte de voir où ça va le mener. Mais oui, il est capable. »