LAVAL – Lorsqu’il est apparu dans la petite salle adjacente au vestiaire du Rocket, Vinzenz Rohrer donnait l’impression qu’il venait de sortir du lit. Les cheveux en bataille, les yeux vitreux, le débit de sa voix était si lent qu’on aurait pu transcrire ses propos à mesure qu’ils quittaient ses lèvres.
L’allure naturellement décontractée du chétif jeune homme ne correspondait pas au joueur que venaient de décrire ceux qui l’avaient précédé dans ce petit coin des coulisses de la Place Bell.
« C’est comme un petit rat sur la glace », a imagé le défenseur Tobie Bisson, une comparaison qui allait plus tard faire sursauter Rohrer lui-même.
« Vous allez voir, a répété cinq fois David Reinbacher. Je ne sais pas si vous aviez suivi le camp [du Canadien], mais il a planté quelques gros, gros gars. Il n’a pas peur de sacrifier son corps. S’il y a un joueur à frapper, il va aller le frapper. »
Une semaine plus tôt, le mot « intensité » avait été le premier prononcé par l’entraîneur-chef du Rocket, Pascal Vincent, pour parler du nouvel arrivant dans son vestiaire. « Lui, il ne demande pas de permission pour finir ses mises en échec. »
Pour rappel, Rorher, 21 ans, a été répertorié à 5 pieds 10 pouces et 175 livres en septembre dernier au camp d’entraînement du Canadien. Moins costaud que Filip Mešár, c’est pourtant à Josh Anderson (6’3’’, 226 lbs) que Reinbacher a pensé à comparer son compatriote dans son dithyrambe.
À quoi s’attendre exactement de cette nouvelle recrue qui vient de rejoindre le club-école à l’aube des séries éliminatoires, après la conclusion de sa troisième saison dans le championnat suisse?
Réglons d’abord la question de la robustesse. Rohrer se définit comme un joueur qui « n’a pas peur d’être au cœur des choses, pas peur d’aller au contact. » « Je ne suis pas le plus gros, mais je suis compétitif. Je veux être impliqué, apporter de l’énergie, gagner mes batailles, être tannant. »
« Son moteur n’arrête jamais. Il vole sur la glace et c’est une petite peste », a vite remarqué Luke Mittelstadt, une autre recrue.
« Il n’est pas gros, mais il grind et il est toujours à 110%. Pour nous, avoir ça, ça vaut de l’or. »
— Tobie Bisson
Rohrer dit avoir développé ce côté teigneux en écoutant les conseils de Dave Cameron, son entraîneur pendant deux saisons avec les 67’s d’Ottawa avant qu’il ne décide de rentrer en Europe.
« Il me disait toujours que plus j’aurais d’atouts dans mon jeu, plus j’aurais d’arguments pour faciliter les décisions à mon sujet. Quand j’ai quitté le junior et que je suis arrivé à Zurich, je m’identifiais surtout comme un fabricant de jeu. Mais j’ai hérité d’un certain rôle et ça m’a frappé. Si je voulais continuer à monter, je devais avoir d’autres forces. À moins d’être exceptionnel dans un aspect du jeu, tu ne peux pas te permettre d’être unidimensionnel. Alors j’ai essayé d’ajouter ça à mon jeu. »
Un départ canon
Rohrer, qui avait marqué 25 buts en 64 matchs avant d’être repêché en troisième ronde par le Canadien en 2022, n’a pas perdu sa touche offensive dans sa quête de polyvalence.
La saison dernière, dans une équipe remplie d’anciens de la LNH qui a remporté un deuxième titre consécutif en National League, il a inscrit 25 points en 52 matchs. Il a aussi fourni six points en huit matchs au Championnat du monde. Sa production a baissé cette année, une saison qu’il qualifie de « correcte, moyenne ». Mais il n’aurait pu faire meilleure impression à son baptême dans la Ligue américaine.
Au dernier match de la saison, contre les Marlies de Toronto, il a marqué un but et a préparé celui d’Owen Beck, chaque fois en désavantage numérique. C’est d’ailleurs une facette du jeu qu’il a perfectionné pendant sa formation professionnelle en Suisse et dans laquelle il faut s’attendre à le voir être utilisé à Laval.
« Avec le voyagement et tout, j’étais pas mal fatigué dans ce match. J’ai beaucoup joué en désavantage numérique, il me semble que j’avais à peine le temps de m’asseoir au banc que j’étais déjà de retour sur la glace! Mais j’ai aimé quelques autres détails dans mon jeu et dans l’ensemble, j’étais pas mal satisfait de ce premier match. On verra ce que l’avenir me réserve. »
À l’entraînement lundi, Rohrer patinait sur un trio complété par Jared Davidson et Lucas Condotta, signe que Vincent entend lui donner toutes les chances de montrer ce qu’il a dans le ventre.
« On a fait de la vidéo lorsqu’il est arrivé, mais là il fait partie de l’équipe. C’est un jeune homme qui est très cérébral, il comprend rapidement. On pense qu’il peut nous aider. Et de toute façon, notre mission demeure la même. Il faut faire jouer nos jeunes, il faut développer et là on les développe dans un environnement un peu différent qui sont les séries. Mais lui, il est venu ici pour jouer et il va jouer. »
Vous pourrez suivre le 1er match de la série entre le Rocket et les Marlies mercredi dès 19 h avec RDS et le RDS.ca.







