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Rallumer la rivalité, un café à la fois

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MONTRÉAL – La date n’est pas encore fixée, mais le plan est coulé dans le béton. Dans les prochains jours, voire semaines, Hassoun Camara et Patrick Leduc donneront rendez-vous à Dani Pereira à l’une des quatre adresses montréalaises du Café Olimpico.

Dans cet établissement emblématique de la métropole, les deux anciens joueurs de l’Impact s’assoiront avec le nouveau milieu de terrain du CF Montréal et lui parleront de la vie. De sa vie, en fait, et de ce à quoi elle pourrait ressembler s’il décidait de s’immerger à fond dans son nouvel environnement.

« Juste pour partager et discuter de l’état d’esprit du club, nous explique Camara avant l’entraînement du CF Montréal mardi. La culture, le pourquoi, les moments de rivalité, que veut dire cette rivalité mais aussi que veut dire la francophonie à Montréal. On veut que les nouveaux joueurs puissent comprendre vraiment où est-ce qu’ils mettent les pieds. Ce que ça veut dire de porter le maillot du CF Montréal, mais aussi ce que veut dire de vivre à Montréal. »

Le concept s’est développé après l’arrivée de Camara au poste de directeur des communications stratégiques. L’idée est d’éloigner les nouveaux arrivants de leurs points de repère habituels pour les plonger au cœur de la ville. Dans des endroits « peut-être plus insolites, plus culturels, plus montréalais », précise Camara. De là, on veut qu’ils comprennent ce qui fait vibrer leurs nouveaux partisans afin qu’une réciprocité s’installe avec le public.

Pour Camara, qui a mouillé le maillot bleu-blanc-noir de 2011 à 2018, cette initiation s’était faite au fil de conversations avec Joey Saputo, Marc Dos Santos ou encore Mauro Biello.

« Quand tu vois des joueurs ou des dirigeants qui sont tatoués du logo du club, forcément ça te donne envie. Et je pense que c’est quelque chose qui m’a aidé. On m’a tout de suite fait comprendre que lorsqu’on arrive dans un club, on doit se coller à sa culture et son identité. Je pense que moi, personnellement, ça a été une de mes forces. »

« Et quelque part, tu sens que tu dois respecter ces gens-là, que ce soit les dirigeants mais aussi les joueurs, dans mon cas Nevio Pizzolito ou David Testo par exemple, ces joueurs-là qui l’ont vécu aussi. T’as envie d’être à la hauteur pour eux. »

2016, la référence lointaine

La conversation a lieu dans le contexte où le CF Montréal se prépare pour la visite annuelle du Toronto FC au Stade Saputo. Depuis plusieurs années, les retrouvailles entre ces deux rivaux ne sont pas grand-chose de plus qu’un prétexte pour remâcher des formules qui sonnent faux. Sur le terrain comme dans les gradins, ce qui était considéré comme la rivalité par excellence de la MLS il y a dix ans ne fait plus battre les cœurs comme avant.

Les deux équipes n’ont pas participé simultanément aux éliminatoires depuis leur bataille épique en finale de l’Est. À Montréal, le règne d’entraîneurs locaux comme Biello ou Wilfried Nancy ont été entrecoupés par les nominations de Rémi Garde, Hernan Losada et Laurent Courtois, qui ne sont probablement pas restés assez longtemps de toute façon pour développer la moindre rancœur envers qui que ce soit.

Sur le terrain, les personnalités fortes qui faisaient pleuvoir les jurons dans les tribunes adverses ont été remplacées en trop faible quantité. La rotation soutenue dans les deux effectifs ces dernières années a sans doute contribué à effriter le sentiment d’appartenance et l’antipathie envers la couleur honnie.

Camara s’oppose à notre théorie selon laquelle la tension entre les Montréalais et les Torontois se ressent moins que jadis et n’existe pour l’instant réellement que dans une petite faction de partisans purs et durs. Mais une partie de notre réflexion concorde avec ses efforts d’éducation et de sensibilisation dont on parlait plus tôt.

En 2016, les principaux protagonistes de la Canadian Classique chez les Rouges étaient deux Américains, Michael Bradley et Jozy Altidore, et un Italien, Sebastian Giovinco, qui sont restés assez longtemps à Toronto pour s’investir sans effort dans les vrais enjeux.

Chez les Montréalais, oui il y avait le capitaine Patrice Bernier, mais il était entouré de gars comme Camara, Laurent Ciman et Evan Bush, des joueurs venus d’ailleurs mais qui auraient eu leur place dans n’importe quel party de la Saint-Jean.

On revient à l’essence de l’initiative de Camara et Leduc : pas besoin de venir de la place pour vouloir la défendre, il suffit de la comprendre.

« Je pense qu’à partir du moment où on se l’imprègne et qu’on ressent justement cette rivalité-là ou ce sentiment d’appartenance, peu importe d’où on vient à la fin, c’est vraiment l’envie de le partager par la suite, approuve l’ancien défenseur. Je me suis inscrit naturellement, moi, dans le projet montréalais. Mais ce n’est pas qu’un projet sportif, c’est humain, c’est la connexion avec les fans, c’est mon ressenti dans la ville. Je me sens chez moi en fait aujourd’hui au Québec. C’est vraiment cette identité-là du club et cette identité montréalaise qu’on veut partager à nos joueurs pour qu’ils puissent les retransmettre de leur mieux aux partisans. »

« Ce n’est pas un match comme les autres »

Pendant qu’il préparait son équipe pour le programme double contre Vancouver FC, il y a deux semaines, Philippe Eullaffroy avait déjà un œil sur la reprise du calendrier MLS.

« Ce qui tombe bien, c’est que non seulement on a les deux matchs du Championnat canadien qui s’en viennent, mais le premier match MLS qui arrive? TFC! », faisait-il remarquer aux confrères journalistes sans que la moindre question sur le sujet lui ait été posée. « Donc, les gars, faut que ce match-là, qui est spécial pour tout le club, pour tout Montréal, faut qu’on soit au top! Bon, on veut être au top tout le temps, mais vous voyez ce que je veux dire. Il y a un côté symbolique, historique, culturel... Il faut que les joueurs comprennent que ce match-là, ce n’est pas un match comme les autres. »

Eullaffroy, qui est né en France, en est un autre qui est venu de loin mais qui n’a pas besoin qu’on lui fasse un dessin. Dans son ancien rôle de directeur de l’Académie de l’Impact, il a modelé une génération entière de jeunes selon les standards et les valeurs du club. Dans son rôle actuel d’entraîneur-chef intérimaire de la première équipe, il offre une continuité dans ce département que bien peu de candidats pourrait égaler.

« Philippe a vécu des gros moments de rivalité aussi. Le club et lui font en sorte de faire comprendre à chaque membre de l’organisation, que ce soit chez les jeunes ou chez les pros, que l’histoire est importante, insiste Camara. Philippe est une des personnes qui l’incarne le mieux, qui le véhicule, qui fait comprendre justement à toute l’organisation, à tous les joueurs et les nouveaux que ce match-là, c’est vraiment très Important pour le club et que c’est ce qui définit quelque part la culture et l’identité d’un club aussi. Pour chaque cause, il faut un pourquoi. Et cette rivalité fait partie du pourquoi on est le CF Montréal. »

Eullaffroy précise qu’il lui est important de trouver un équilibre dans la distribution de son message. En voulant mettre l’accent sur la signification d’un affrontement, il doit être prudent pour ne pas minimiser celle des matchs qui suivront.

Mais il ne passera pas par quatre chemins non plus. Pour lui, les matchs contre Toronto ne peuvent être abordés comme n’importe quelle autre date au calendrier.

« On leur explique que cette rivalité, elle n’est pas que soccer. C’est aussi une question culturelle, une question d’histoire de notre province. Il faut les sensibiliser à ça. Et quand on parle de l’histoire de la province, par exemple, ils comprennent vraiment un peu plus où sont les racines de cette rivalité et pourquoi c’est important pour les supporters et le staff. Donc on leur raconte une belle histoire, qui est la réalité. Je pense que ça les sensibilise quand même beaucoup. »