MONTRÉAL – Il reste bien sûr des discussions à y avoir, des rapports médicaux à déchiffrer, des incertitudes à éclaircir, des débats à régler. Mais l’heure des observations est terminée. Jesse Marsch ne reverra pas ses joueurs d’ici au 30 mai, date limite qu’il doit respecter pour remettre la liste des 26 joueurs qu’il dirigera à la Coupe du monde.
Dans un scénario où tout le monde est en santé – un scénario qu’on qualifierait de fictif à l’heure actuelle – Marsch et ses adjoints ne devraient pas être confrontés à de grands dilemmes dans la construction de cette équipe qui se frottera à la Suisse, à la Bosnie-Herzégovine et au Qatar dans le groupe B.
À un peu moins de deux mois de la date butoir, avec les informations à notre disposition, voici notre tentative de deviner les intentions du sélectionneur. Vos choix sont les bienvenus en commentaires.
GARDIENS
Dayne St. Clair : C’est le plus grand mystère – oserait-on dire le seul? – entourant la construction de cet effectif. Marsch se fait questionner depuis des mois sur sa préférence devant les filets et chaque fois, c’est comme si on lui demandait de faire un choix entre garder l’ouïe ou la vue. Depuis la fin de la Copa América, il donne l’impression de vouloir donner toutes les chances à St. Clair de gagner le poste. Ce dernier a joué plus de matchs contre des adversaires mieux cotés. Dans ces circonstances, il n’a rien fait de particulier pour ravir la pole à Maxime Crépeau, mais on reste avec l’impression que c’est lui qui recevra la tape dans le dos du sélectionneur dans quelques semaines.
Maxime Crépeau : Le sport peut parfois être cruel. Pendant le cycle menant à la Coupe du monde de 2022, plusieurs croyaient que Crépeau méritait de supplanter Milan Borjan dans la hiérarchie installée par John Herdman. Ça n’est pas arrivé, puis Crépeau a finalement raté le tournoi en raison d’une grave blessure. Une fois guéri, il a mené le Canada à la demi-finale de la Copa América, seulement pour se retrouver ensuite dans une lutte à finir avec son jeune dauphin. Même si la qualité de son jeu n’a jamais justifié une destitution, son attitude a toujours été exemplaire.
Owen Goodman : Depuis la retraite internationale de Borjan, cinq gardiens ont été convoqués comme troisième homme derrière St. Clair et Crépeau. Tom McGill a occupé ce rôle à la Copa América et à la Gold Cup, mais sa perte de temps de jeu en Angleterre lui a visiblement nui. Goodman, qui joue en troisième division anglaise, a été le choix du chef lors des deux dernières fenêtres internationales. Marsch l’a couvert de compliments plus tôt cette semaine à Toronto.
DÉFENSEURS CENTRAUX
Moïse Bombito : Peut-être pas (encore) la plus grande vedette de l’équipe, mais assurément son joueur le plus utile. Sans la rapidité et la puissance physique de Bombito, cette défense centrale serait en danger. La comète montréalaise – il a été repêché en MLS trois jours après la conclusion de la CDM de 2022 – est un cadeau tombé du ciel pour cette équipe canadienne. Ne reste qu’à espérer qu’il ne gardera pas trop de séquelles d’une fracture à un tibia dont il devrait être remis d’ici un mois.
Derek Cornelius : Semblait sur une trajectoire parfaite pour atteindre le sommet de son art au Mondial jusqu’à ce que son transfert à Marseille tourne mal. Incapable de conserver son statut en Ligue 1, il a été blessé et a ensuite perdu la faveur de son entraîneur lors d’un prêt en première division écossaise. Le voilà pratiquement sans club au pire des moments, à deux mois de la Coupe du monde. Pas idéal.
Luc de Fougerolles : Intégré au programme en 2023, le jeune académicien de Fulham a depuis démontré une progression à l’image de son potentiel. Il a d’abord été mis en valeur lors de la plus récente Gold Cup, pour ensuite débuter des matchs contre la Roumanie, le Pays de Galles et la Colombie. Il est jeune (20 ans) et se remet lui aussi d’une blessure, mais il existe un monde où il gagne une place de titulaire à cette Coupe du monde.
Alfie Jones : Une trouvaille de dernière minute qui procure une profondeur qui n’est pas de refus au centre de la défense. Jones, qui évolue en deuxième division anglaise, a joué un seul match pour son pays d’adoption avant de se retrouver sur le carreau en décembre.
LATÉRAUX
Alphonso Davies : Le capitaine, le visage de cette sélection unifoliée. Marqueur du premier but de l’histoire du Canada en Coupe du monde au Qatar, on s’attendra de Davies à ce qu’il élève cette équipe à un niveau supérieur en 2026. Mais reviendra-t-il un jour au pays sur ses deux jambes? Il n’a pas été aperçu avec la feuille d’érable sur la poitrine depuis plus d’un an. Depuis, il a subi une blessure majeure et deux rechutes moins sérieuses. Marsch est convaincu qu’il pourra compter sur lui le Jour J venu. Êtes-vous aussi confiant?
Alistair Johnston : Biais de récence? Peut-être, mais on le dira quand même : avec la performance de Niko Sigur contre l’Islande et la Tunisie, on sait tout ce qu’il y a à savoir sur l’importance du retour de Johnston à son poste de prédilection. La hargne, la vitesse, l’endurance et le caractère de l’ancien du CF Montréal en font une pièce centrale du puzzle canadien en défense.
Richie Laryea : Un valeureux soldat s’il en est un. En l’absence de Davies et Johnston dans la dernière année, la peste du Toronto FC a cimenté sa place dans le noyau dur de cette équipe. À droite ou à gauche, devant ou derrière, comme partant ou comme substitut, son apport est toujours précieux. Le genre de joueur qu’on préfère toujours avoir de son côté.
MILIEUX DE TERRAIN
Stephen Eustaquio : Le maître de la salle des machines. Sorti de Porto après y avoir joué 156 matchs, il a pris une décision lumineuse en acceptant un prêt au LAFC. À la lumière de ses premières performances dans la ville des anges, il devrait arriver dans une forme splendide au Mondial. Il n’a qu’à éviter les arbitres et les tables de massage.
Ismaël Koné : En 2022, Koné avait 19 ans, un grand total de 32 matchs sous la cravate chez les professionnels et 255 minutes d’expérience en équipe nationale quand il est arrivé à Doha. Son talent avait crevé les yeux dans les trois apparitions qu’il avait faites comme substitut. Quatre ans plus tard, il devrait être l’un des piliers de l’équipe canadienne. Au cœur d’une solide saison en Italie, on le sent prêt à embrasser cette responsabilité.
Nathan Saliba : Depuis qu’il a été appelé pour la première fois en 2024, il ne fait aucun doute que Saliba est là pour rester. Il a rapidement gagné en confiance – ça n’a jamais été aussi évident qu’à la Gold Cup où il a marqué deux buts – et par le fait même celle de ses entraîneurs. Une belle doublure à Koné dans un rôle plus avancé sur le terrain.
Mathieu Choinière : Polyvalence et fiabilité. L’ancien chouchou des partisans de l’Impact ne l’a pas toujours eu facile depuis son départ de Montréal. Au LAFC, l’arrivée d’Eustaquio lui a coûté des minutes, mais en entrevue Choinière nous expliquait qu’il voyait l’acquisition d’un bon œil. Il y a pire, en effet, que de partager le vestiaire et d’être en compétition au quotidien avec le cocapitaine de son équipe nationale.
Niko Sigur : Notre énoncé précédent à son sujet était peut-être un peu dur. Sigur a généralement abattu de la belle besogne depuis sa première convocation en 2024. À nos yeux la polyvalence de Sigur, qui peut jouer autant comme milieu que comme latéral, lui confère un avantage dans ce processus de sélection.
Jonathan Osorio : Quelque chose nous dit que Jesse Marsch trouvera une place pour ce vieux de la vieille, peut-être comme spécialiste des fins de matchs dans l’éventualité où le Canada aurait une avance à protéger.
AILIERS
Tajon Buchanan : Un magicien balle aux pieds, Marsch parlait pour chacun de nous lorsqu’il a dit qu’il prenait un plaisir malsain à observer les défenseurs adverses trembler comme des feuilles à l’approche de l’intimidant Buchanan. À l’image des autres ténors offensifs de l’équipe nationale, par contre, l’homme de Villarreal peine à trouver le dernier geste payant dernièrement. Il est sans but et sans passe décisive à ses huit derniers matchs en sélection.
Ali Ahmed : Une ascension météorique, autant en club qu’en sélection, dans les dernières années. Ahmed, qui pète le feu depuis son transfert transatlantique à Norwich (4 buts, 3 passes décisives en 14 matchs), devrait être l’ailier gauche partant du Canada le 12 juin contre la Bosnie. À moins que Marsch nous réserve une surprise et y insère Davies?
Marcelo Flores : Le petit nouveau. Flores a beaucoup fait parler de lui pour sa décision de renier son allégeance au Mexique pour représenter l’ennemi nordique. C’est avec la qualité de son jeu qu’il a continué d’alimenter la discussion lors des deux récents matchs amicaux à Toronto. Un petit vlimeux, habile comme dix, dont le profil apporte des options intéressantes à Marsch. Pourrait-il s’immiscer dans le onze partant?
Liam Millar : N’avait obtenu que des miettes – 45 minutes réparties sur trois matchs, pour être précis – depuis son retour d’une déchirure ligamentaire à un genou en octobre dernier à Montréal. Mais il a probablement confirmé sa place avec une proposition inspirée mardi dernier contre la Tunisie. Marsch a toujours semblé avoir un petit faible pour lui.
Jacob Shaffelburg : On prend le risque de ne garder que quatre défenseurs centraux et on fait une place au Messi des Maritimes au détriment de Joel Waterman. Le pari est risqué, puisque Shaffelburg se remet d’une opération à l’aine et pourrait peiner à gagner du temps de jeu avec sa nouvelle équipe au LAFC. Mais en bonne forme, « Shaff » est le genre de joueur qui peut débarquer dans une fin de match serrée et semer le chaos dans la défense adverse avec sa vitesse. Il a six buts en quelque 1200 minutes de jeu en équipe nationale.
ATTAQUANTS
Jonathan David : La force tranquille de cette équipe. À seulement 26 ans, David est le meilleur buteur de l’histoire de la sélection canadienne avec 39 réussites en 75 convocations. Sa contribution et son positionnement dans le système de Marsch font cependant l’objet de critiques périodiques. Plusieurs aimeraient le voir être mis à contribution plus près du filet adverse, dans un rôle de pur numéro 9. Il a cinq buts à ses 13 derniers matchs, mais trois d’entre eux ont été marqués du point de penalty.
Tani Oluwaseyi : Peine à mériter du temps de jeu en Liga et n’a marqué que deux buts en 22 sélections, mais il demeure présentement la meilleure option pour combiner avec David devant le gardien adverse. Imposant, rapide, puissant... les qualités athlétiques sont là. Ça prend juste des résultats.
Promise David : Avant de subir une importante blessure à une hanche en février, il était en train de forcer la main de Marsch pour des responsabilités accrues. Neuf buts en 24 matchs dans le championnat belge, deux autres buts en Ligue des champions. Mais David est présentement dans une course contre le temps. Il est possible qu’il ne puisse récupérer à temps pour contribuer cet été. Marsch peut l’inscrire sur sa liste et l’y remplacer jusqu’à 24 heures avant le premier match du Canada à la Coupe du monde, au besoin.
Cyle Larin : Est arrivé à Toronto pour deux récents matchs amicaux avec les voiles en poupe : quatre buts en onze matchs à Southampton après une escale ratée aux Pays-Bas. On avait bon espoir qu’il transpose ces succès en équipe nationale, mais ça s’est avéré de la pensée magique. À peine visible contre l’Islande, il repose maintenant sur une séquence de douze matchs sans but avec les Rouges.
Daniel Jebbison : A vu le terrain dans les deux matchs à Toronto, un signe qu’il est au moins en avance sur Jacen-Russell Rowe pour un poste de profondeur. Après un fort début de saison en deuxième division anglaise, n’a qu’un but en 15 matchs depuis le début de 2026.






