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« Si tu veux écrire un film hollywoodien, tu peux le faire avec Maxime »

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MONTRÉAL – En décrivant Youssef Dahha comme son mentor après avoir été désigné comme le gardien titulaire du Canada à la Coupe du monde, Maxime Crépeau ne faisait pas que lever poliment son chapeau à un vieil entraîneur qui l’avait aidé en début de carrière.

Dix-huit ans après que les parcours des deux hommes se sont croisés pour la première fois, l’élève et le maître gardent contact avec une assiduité impressionnante. Dahha dit parler avec Crépeau au téléphone deux à trois fois par semaine. « C’est comme un petit garçon pour moi », dit l’homme de 53 ans.

Ça explique pourquoi l’ancien entraîneur des gardiens de l’Impact de Montréal a pris le temps de rappeler RDS dans les derniers jours même s’il avait profité de la trêve dans le calendrier de la MLS pour s’évader au soleil. En gardant sa langue bien en dehors de sa poche, un Dahha fier, protecteur et nostalgique a ajouté du contexte à tout ce qui s’est dit et a été écrit sur l’homme ganté de Candiac depuis qu’il a été nommé titulaire pour défendre la cage du Canada à la Coupe du monde.

Crépeau, le gardien qui a surmonté de nombreuses épreuves. Crépeau, le gardien qui se lève dans les grands moments. Crépeau, le gardien supérieur techniquement. Dahha commente ou aborde lui-même toutes ces questions dans un plaidoyer senti pour son protégé.

Parlons d’abord de Crépeau le battant, tiens.

« Si tu veux écrire un film hollywoodien, tu peux le faire avec Maxime. Depuis qu’il a commencé, il ne l’a pas eu facile. Dès l’âge de 13 ans, 14 ans, c’est un gars qui a travaillé très, très dur pour y arriver, avec les hauts et les bas qu’on connaît. »

Dahha recense le premier face-à-face de Crépeau avec l’adversité au début de l’adolescence, alors que les deux travaillaient ensemble avec les équipes du Québec. « La première année, il était un peu grassouillet, tu sais, le gras de bébé! On était en décembre et je lui avais dit : “Si tu ne perds pas ton poids, tu ne feras pas l’équipe”. Il est parti en pleurant et au mois de janvier, il était revenu cut! Tout est parti de là. »

L’entraîneur des gardiens des Whitecaps de Vancouver refait alors la ligne du temps de son poulain, de son cul-de-sac montréalais – « il travaillait avec acharnement et on ne l’a pas vraiment apprécié à sa juste valeur » - à sa blessure crève-cœur au LAFC jusqu’à son passage décevant à Portland, où « il ne s’est pas bien acclimaté avec le monde là-bas ».

« Le monde du foot, c’est un monde qui n’a pas de mémoire, qui fait de l’Alzheimer, illustre le coloré pédagogue. Un jour t’es héros, l’autre jour t’es zéro. Tu gagnes une MLS Cup et ensuite tu reviens, on ne te considère même plus. »

« Pourquoi on a pris tout ce temps? »

Quand Dahha a vu que Jesse Marsch tardait à nommer son gardien partant pour le Mondial, il s’est dit la même chose. Qu’on oubliait tout ce que Crépeau avait fait pour le programme national, des niveaux U14 à U20 jusqu’à ses exploits avec l’équipe senior, plus récemment à la Copa América.

Il s’était pourtant assuré de le rappeler à Marsch. Les deux hommes s’étaient parlé l’an dernier, quand le coach de l’équipe nationale était embarqué dans l’avion des Whitecaps pour venir au Canada.

« Maxime est passé par toutes les catégories d’équipe nationale. Il connaît les rouages de la maison, il sait c’est quoi une compétition. Et surtout, dans les grands moments, c’est là qu’il est bon. C’est pas tant dans la durée, mais dans ces moments-là, dans des tournois, dans des championnats comme ça qui sont courts, Maxime, il est vraiment concentré, dans sa bulle. »

Youssef Dahha Youssef Dahha est aujourd'hui entraîneur des gardiens des Whitecaps de Vancouver. (Bill Barrett/ISI Photos/Getty Images)

« Je n’ai pas bien compris pourquoi on a pris tout ce temps pour décider. Est-ce que c’est de l’incompétence? Je n’ai pas compris. Pour une décision comme ça, tu prends un camp ou deux. Au troisième, tu sais qui va être là. Et là, tu le fais jouer beaucoup pour qu’il puisse comprendre les joueurs, avoir une bonne chimie avec l’équipe. C’était un petit peu bizarre pour moi. »

« Ça se peut que Jessie a fait ce truc-là pour leur éviter de tomber dans la zone du confort. Mais pour moi, la compétition entre les gardiens, elle se passe pendant qu’ils sont avec leur club. Ce n’est pas dans la sélection que tu fais ça. Dans une sélection, tu viens, tu joues. Tu dois avoir du temps de jeu. »

Une coche au-dessus

Les arguments de Dahha en faveur de Crépeau ne se limitent pas à un attachement sentimental où à des impressions plus ou moins chiffrables. Pour lui, le vétéran de 32 ans méritent de mener ses coéquipiers à la bataille simplement grâce à ses qualités techniques.

L’enseignant d’expérience décrit Dayne St. Clair comme un gardien « tout à fait bien » qui joue « très, très bien sur sa ligne » et qui possède un avantage athlétique indéniable. Il le considère toutefois moyen dans sa lecture et sa compréhension du jeu. « Le jeu de pieds et les sorties de balles, Maxime est une coche au-dessus », juge-t-il.

« Dans le haut niveau, les ballons viennent vite et les décisions doivent être prises très rapidement. Je pense que Maxime a évolué là-dessus. Il peut trouver les joueurs plus facilement. Il est toujours un temps, une fraction de seconde plus rapide que Dayne. Lorsqu’on va vouloir construire de l’arrière, Maxime, avec la qualité qu’il aura devant lui, va savoir trouver la bonne option. »

Crépeau en contrôle dans l'émotion Nos analystes reviennent sur la performance de Maxime Crépeau face à l'Irlande.

Même en vacances, Dahha a regardé le match préparatoire du Canada contre l’Irlande. Il a vu ce gamin devenu un « monsieur » pleurer pendant l’hymne nationale et enlacer son père dans les gradins après la partie. « Ça m’a fait quelque chose. On a grandi ensemble, on a tout fait ensemble. C’était un moment très spécial. »

Et dans quelques heures, il pourra officiellement dire que l’un de ses apprentis, son plus ancien et son favori, a joué un match à la Coupe du monde.

« C’est tout un honneur », s’émeut-il.

Suivez le match entre le Canada et la Bosnie-Herzégovine vendredi à 14 h 45 à RDS et sur le RDS.ca. On met la table avec un avant-match dès 13 h 30.