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Dans la tête de LeBron James : comment les Sixers ont gagné?

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Personne ne peut réellement savoir ce qui s’est passé dans la tête de LeBron James au moment de choisir les 76ers de Philadelphie. Pour tenter d’y voir plus clair dans cette décision surprenante qui a ébranlé le monde de la NBA, nos confrères d’ESPN se sont entretenus avec des sources proches de James et des sources au sein de chacune des équipes finalistes afin de se faire une idée de ce qu’a pu représenter cette attente de 24 jours.

Tout a commencé avec des discussions menées par Rich Paul, de Klutch Sports, ami de longue date et agent de James, avec pas moins de 27 équipes, puis par la sélection de cinq finalistes - les 76ers, les Cavaliers de Cleveland, le Heat de Miami, les Warriors de Golden State et les Timberwolves du Minnesota.

Des prétendants surprenants se sont manifestés en cours de route. Les Celtics de Boston, la bête noire de James au fil des ans, ont manifesté leur intérêt. Les Clippers de Los Angeles ont même discuté d’un contrat lucratif d’une saison, d’une valeur supérieure à 20 millions de dollars, qui lui aurait permis de rester chez lui à Brentwood, en Californie.

Alors qu’on parlait des Cavs, du Heat et des Warriors comme favoris pour attirer James, les choses ont basculé quand les Celtics ont échangé Jaylen Brown, le joueur le plus utile de la finale de la NBA 2024, à un rival de division le 6 juillet.

Rich Paul a confié que son client accordait pour cette énième « décision » la priorité à son « bonheur au basket » par-dessus tout. Cet indice de « bonheur au basket », seul James pouvait véritablement définir.

Pendant des mois, alors que James passait des vacances avec ses coéquipiers des Cavaliers de 2016, qu’il passait des heures sur le terrain de golf, ou qu’il retrouvait des amis de toujours à Akron, en Ohio, les conversations finissaient inévitablement par porter sur sa décision imminente.

Et pendant des mois, il est resté rigoureux dans son approche, gardant ses pensées pour lui-même lorsqu’il était entouré de ses conseillers les plus fiables.

« Il parlait, il apprenait, il écoutait et il ne disait rien », a confié à ESPN une source proche de James. « Il ne vous disait pas ce qu’il pensait. Il ne vous disait pas ce qu’il recherchait. Et je pense que LeBron a simplement décidé que c’était le moment de se concentrer sur ce qu’il voulait, et qu’il allait faire abstraction de tout le bruit ambiant. »

Entre-temps, sa conjointe, Savannah, et deux de ses enfants — son fils Bronny, de 21 ans, et sa fille Zhuri, de 11 ans — l’ont accompagné à New York pour le festival sportif et culturel qui s’est tenu à la mi-juillet, pendant qu’il réfléchissait à la situation.

Les discussions se sont poursuivies avec la famille James de retour à Los Angeles la semaine dernière, avant que James, le père et le mari, n’obtienne le feu vert pour suivre une fois de plus les caprices de James, le joueur de basket. « Quand tu as le feu vert de Savannah, ça veut dire que tu as aussi celui de Zhuri », a déclaré Paul à ESPN, « parce que les garçons ne vivent plus à la maison ».

Jeudi, peu après minuit, James était enfin en paix avec sa décision, et il a appelé Paul pour lui annoncer la nouvelle.

Paul devait communiquer avec les 76ers le lendemain matin pour les informer que le meilleur marqueur de tous les temps de la ligue se joignait à leur équipe.

Vendredi, après une séance d’entraînement à 5 h 30 du matin, James a joué une partie de golf au Lakeside Golf Club de Burbank, en Californie, lorsque les choses se sont mises en marche.

Paul a envoyé un message aux gagnants de la course, et James a publié la nouvelle sur les médias sociaux dans une « story » partagée avec Topps, accompagnée d’une photo de lui portant un chandail blanc des Sixers portant le numéro 23, à côté d’une carte à collectionner autographiée en édition unique.

« Puis il a posé son téléphone et n’a répondu à aucun appel », a déclaré une source proche de James.

Le message de Rich Paul a été envoyé simultanément à un groupe des 76ers, notamment le président du conseil d’administration de l’équipe, Josh Harris; le copropriétaire David Blitzer; le président de Harris Blitzer Sports & Entertainment, Bob Myers; le vice-président exécutif des opérations de basketball, Jameer Nelson; et le garde Tyrese Maxey, deux fois sélectionné au match des étoiles.

« Félicitations », disait le message. « Ce sera les Sixers. »

Le message était également destiné au président des opérations de basketball des Sixers, Mike Gansey, originaire d’Olmsted Falls, en Ohio, qui était de retour auprès de sa famille dans sa maison du Midwest. Gansey a passé plus d’une décennie au sein de la direction des Cavs avant d’être embauché pour remplacer Daryl Morey en mai.

Pour Gansey, qui en 2001 avait terminé deuxième derrière James pour le prix « Mr. Basketball » de l’Ohio — qui récompense le meilleur joueur d’école secondaire de l’État —, il était difficile de croire que c’était vrai.

Il est monté à l’étage pour l’annoncer d’abord à sa femme, Amy. « Je lui ai dit : “Chérie, on vient de mettre la main sur LeBron” », a raconté Gansey à ESPN. « Elle m’a répondu : “Quoi?!” Je n’oublierai jamais ça. Et puis, en voyant les textos de Rich, je me suis dit : “Oh mon Dieu, ça y est, ça commence.” »

Il est ensuite sorti de la maison pour répondre à une avalanche d’appels.

« J’ai fait le tour du pâté de maisons pendant environ deux heures », a raconté Gansey. « Certains de mes voisins sortaient et me regardaient avec un air de dire : “Mais qu’est-ce qui se passe? C’est toi qui l’a eu!”

« Être à Cleveland, évidemment, c’est un peu doux-amer, je suppose. »

Gansey était directeur général de l’équipe affiliée des Cavs dans la G League lorsque James a mené l’équipe à remporter le premier titre sportif professionnel pour une équipe de Cleveland en 52 ans. Aujourd’hui, il dirige les Sixers, une franchise qui porte ses 43 ans sans titre comme un fardeau.

Même si l’issue des efforts déployés par les Sixers pour recruter James a été quelque peu incroyable pour Gansey, lui et Myers croyaient tous deux en leur argumentaire auprès de James, selon lequel leur équipe offrait le meilleur environnement de basketball parmi toutes celles qu’il envisageait.

Myers a même participé en tant qu’invité au balado vidéo « Game Over » de Paul, aux côtés du coanimateur Max Kellerman, le 8 juillet, pour défendre l’idée selon laquelle Philadelphie disposerait de l’effectif le plus apte à remporter un championnat que James pourrait rejoindre, même si les blessures ont limité Embiid à 96 matchs en trois saisons depuis qu’il a remporté le titre de joueur le plus utile de la ligue en 2023.

« C’est exactement ce que je voulais dire lorsque j’ai participé au balado », a déclaré Myers à ESPN. « On peut ne pas être d’accord, tout le monde peut l’être. Et on pourrait faire valoir le cas d’Embiid — et je dirais bien sûr qu’il y a toujours des risques liés à la santé — mais je préfèrerais prendre le risque d’avoir un Embiid en santé plutôt que de le voir aller ailleurs, car d’autres joueurs peuvent aussi se blesser. »

Alors que les jours précédant la décision s’écoulaient lentement, certains signes indiquaient que les Sixers étaient toujours dans la course, même si James restait discret.

Paul s’est renseigné sur la position de l’organisation quant à la possibilité que James vive à l’extérieur de la ville, à l’instar de ce qu’avait fait autrefois son entraîneur des Lakers de Los Angeles, JJ Redick, lorsqu’il jouait pour Philadelphie tout en conservant sa résidence principale à Brooklyn. Les dirigeants des Sixers en ont pris bonne note.

Et James a maintenu une communication ouverte avec le trio de vedettes de l’équipe, composé d’Embiid, de Maxey et de Brown, ce qui a convaincu les dirigeants que l’intérêt de James était sincère.

De plus, des sources ont indiqué à Shams Charania d’ESPN que James s’était également entretenu au téléphone avec Nick Nurse — le seul entraîneur, parmi toutes les équipes qu’il envisageait, avec lequel il s’était entretenu.

Tous les indices étaient là.

Le côté « conte de fées » que revêtirait un titre dans une ville passionnée par le sport comme Philadelphie ne faisait que renforcer l’attrait de la situation.

« L’un des aspects les plus captivants chez les Sixers, c’était la passion de leurs partisans et le fait que cela faisait si longtemps qu’ils n’avaient pas remporté de championnat », a déclaré la source.

En choisissant Philadelphie, cela signifiait également que James rejetait ses autres options. Pas de troisième passage à Cleveland. Pas de retour à South Beach pour former un nouveau « Big Three » avec Giannis Antetokounmpo et Bam Adebayo. Pas d’alliance avec l’autre joueur emblématique de sa génération, Stephen Curry, à Golden State. Pas de rôle de « grand frère » auprès du jeune et dynamique duo de meneurs composé de LaMelo Ball et d’Anthony Edwards au Minnesota. Pas de retour chez les Lakers pour faire équipe avec Luka Dončić, Austin Reaves… et son fils aîné.

Les théories abondent quant aux raisons pour lesquelles aucune des équipes n’a réussi à conclure l’entente, mais seul James connaît la vérité. ESPN s’est entretenu avec des sources au sein de chacune des équipes qui ont tenté de le recruter, et aucun des décideurs de ces organisations ne s’est jamais vraiment permis de croire que James était sur le point de les rejoindre.

« On ne sait jamais », a déclaré une source de Miami à ESPN. « Pat [Riley] dit : “On ne connaît jamais vraiment son équipe tant qu’elle n’est pas constituée.” Alors on essaie de ne pas se laisser emporter par ça. »

Des proches de James estimaient que les Lakers étaient prêts à tourner la page sur le joueur sélectionné 22 fois au Match des étoiles et n’avaient jamais sérieusement envisagé de le resigner, bien que le président des opérations de basketball et directeur général Rob Pelinka ait affirmé le contraire lors d’une conférence de presse de fin de saison, après que Los Angeles eut été balayé au deuxième tour par le Thunder d’Oklahoma City.

Plusieurs sources au sein des Sixers et proches de James, qui se sont entretenues avec ESPN depuis cette décision, s’accordaient sur un point : Philadelphie était un choix audacieux.

Le scénario du dernier chapitre de sa carrière aurait été acceptable, qu’il remporte ou non une cinquième bague dans ces autres équipes.

Mais Philadelphie? Pour franchir la barre qu’il s’est lui-même fixée, James doit offrir un titre aux Sixers, comme il l’a fait par le passé pour les Cavs, le Heat et les Lakers, et devenir le premier joueur de l’histoire de la ligue à remporter un championnat avec quatre équipes différentes.

« Il n’a pas choisi la voie de la facilité », a déclaré une source des Sixers à ESPN. « Il est à l’aise dans l’inconfort. Ce qui n’est pas le cas de beaucoup de gens. »

Une source proche de James a ajouté : « J’ai encore plus de respect pour lui. Tout le monde considère un emploi comme un travail. Mais quand j’ai vu ça, je me suis demandé : “Imaginons que tu travailles pour cette entreprise depuis une vingtaine d’années et que tu saches que tu vas prendre ta retraite dans quelques années, est-ce que j’irais à Philadelphie? Est-ce que j’irais dans un endroit situé à six heures d’avion et que je laisserais tout derrière moi, ma famille ici, pour m’y rendre?” C’est vraiment l’histoire d’un dévouement pur à son art. C’est ça, le basketball.” »

James ne pourra jamais afficher un bilan de 6 victoires sur 6 en finale comme Jordan — cette possibilité s’est envolée après sa défaite lors de sa première participation aux finales en 2007 —, mais s’il honore son contrat de deux ans et de 8 millions de dollars avec Philadelphie, il aura joué 25 ans dans la ligue, soit 10 ans de plus que Jordan, un record de longévité que l’héritage de Jordan ne pourra jamais égaler.

Et qui sait si ça s’arrêtera là?

« Je pense que Philadelphie va lui donner un regain d’énergie », a déclaré Paul à ESPN. « Peut-être qu’on en aura deux [saisons]. Peut-être qu’on en aura quatre. »

Quatre saisons le mèneraient à l’âge de 45 ans, ce qui ferait de lui le deuxième joueur le plus âgé de l’histoire de la NBA. Mais lorsqu’il a évoqué sa longévité, James, quadragénaire – un âge avancé selon les normes du basket –, s’est comparé non pas à Nat Hickey ou à Kevin Willis, mais plutôt à Jay-Z, âgé de 56 ans, à Bruce Springsteen, âgé de 76 ans, et aux octogénaires des Rolling Stones, lors de son passage au Fanatics Fest.

« On donne tout ce qu’on a à ce sport, et on continue aussi à générer des revenus. Pourquoi ne pas continuer à jouer si on aime toujours ça? », a déclaré James. « J’essaie simplement d’en tirer le maximum. »

Toujours sur la scène. Toujours en action. Et toujours en train de gagner de l’argent. « Tant que LeBron jouera au basket, il gagnera des sommes à neuf chiffres », a déclaré Paul à ESPN.

Mais si ce n’était qu’une question d’argent, il aurait pu rester chez lui et jouer pour les Clippers.

En fin de compte, sa décision visait avant tout à retrouver ce sentiment de s’immerger pleinement dans le sport qu’il aime.

Il s’agissait d’une belle occasion de défier les sceptiques qui suggèreront que ce choix ne peut que l’aider à poursuivre le fantôme de Jordan qui a joué à Washington, et non à Chicago.

Cette dernière décision visait à ne faire preuve de loyauté envers personne d’autre que sa propre boussole, celle qui se trouve en lui.