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Jason Maas a trouvé SA place chez les Alouettes

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MONTRÉAL – Il se rend aux matchs à Bixi, il se déplace souvent en métro et il a pris son envol, à titre d’entraîneur-chef, avec les Alouettes. Depuis près de quatre ans, Jason Maas a adopté Montréal même si ça implique d’être éloigné de sa famille.

Pour s’enraciner, ça aide de soulever la coupe Grey dès sa première année aux commandes du club, mais il a justement été l’un des grands maîtres d’œuvre de cette réussite avec le directeur général Danny Maciocia.

Cette saison, après 10 dix matchs, les Alouettes ont déjà presque largué leurs adversaires de la division Est grâce à un dossier de 9-1. Cette fiche porte le bilan de Maas à 42-21-1 aux commandes des Alouettes et il dépassera bientôt le vénérable Marv Levy (43-31-4) au quatrième rang des entraîneurs les plus victorieux de l’histoire du club.

Pourtant, quand il a été nommé à la tête de l’équipe, le 17 décembre 2022, les sceptiques étaient nombreux dans la salle en raison de sa première expérience bouillante comme entraîneur-chef à Edmonton.

Désormais, on a plutôt l’impression que Maas, qui gagne à être plus connu, a trouvé SA place à Montréal.

« J’adore être ici, je suis content de me lever chaque matin pour travailler avec mes collègues, la direction, les gens du vidéo, de l’équipement, les thérapeutes et les joueurs bien sûr. On répète souvent qu’on a besoin de tout le monde pour gagner. Ces gens me permettent de faire mon boulot », a réagi Maas qui pense toujours au collectif d’abord.

« Si un jour ce contexte ne me rend plus heureux, je réfléchirai si je veux demeurer entraîneur. Mais j’adore grandement ce que je fais », a-t-il poursuivi.

Loin de sa fille, son fils et sa femme, Maas pourrait parfois manquer de motivation au boulot. Au contraire, il inspire son équipe avec l’intensité qui l’habite et la sensibilité qu’il démontre.

Maas n’avait que 10 ans quand son père, qui était policier, a été tué durant une intervention. Il aurait donc eu une raison légitime de vouloir demeurer près de ses enfants.

« Je tuerais pour parler avec mon père au téléphone, voir une vidéo de lui ou passer six mois par année en sa compagnie. Mais je ne me sens pas si mal d’être loin de mes proches parce que c’est le mode de vie que j’ai choisi, ça peut être nettement pire. Ça ne rend pas le tout facile pour autant », a décrit Maas avec franchise.

—  Jason Maas

L’entraîneur de 50 ans est devenu émotif. Comme n’importe quel parent, ça lui fait mal au cœur de ne pas toujours être présent.

« L’an dernier, on venait de gagner un match contre Ottawa, tout le monde était emballé. Je reviens au vestiaire et ma femme m’apprend au téléphone que mon fils s’est fracturé une jambe au football. Je suis passé des plus belles émotions aux plus tristes. Je n’étais pas là pour le supporter », a-t-il raconté avec les yeux rougis.

Les Alouettes sont devenus une famille grâce à Maas

Ce sentiment de famille, Maas a tenu à recréer chez les Alouettes dès son arrivée.

Mais pour que le lien fleurisse, il a promis à Maciocia et à ses joueurs qu’il allait changer. Le volcan compétitif qui l’anime, il allait le contrôler.

Ça s’imposait pour donner le bon exemple à son imposante famille, de près de 60 joueurs, dans le nid des Alouettes.

À quel moment a-t-il réalisé que son but fonctionnerait ?

« C’est une bonne question. […] Il fallait implanter une compétition, mais en aimant les autres en même temps. Je souhaitais une connexion très forte entre les joueurs et c’est pourquoi on a instauré des jeux au sein de l’équipe (Bird’s nest), des leçons de français et qu’on rend hommage au 425 (le premier escadron canadien-français qui est à l’origine du nom des Alouettes). Notre première saison a culminé avec notre vol à Hamilton et notre visite au musée des avions de guerre canadiens. C’est là que tout a vraiment pris forme. Ensuite, on a gagné le championnat et Marc-Antoine (Dequoy) a été très émotif par rapport au français qui avait été ignoré. Tout ceci a résonné dans notre vestiaire, on voulait représenter le Québec peu importe que tu sois un Albertain, un Américain, un Australien, un Mexicain… », a exposé Maas avec une émotion témoignant de sa fierté.

« Je croyais vraiment qu’on allait remporter un championnat ici. »

Pour que les Alouettes redeviennent une puissance de la LCF, il fallait aussi que Maas apprenne à perdre. Il a transformé les rares défaites en apprentissage.

« Peu de boxeurs vont se retirer invaincus et c’est la même chose dans les arts martiaux mixtes. Mais, dans le sport collectif, il n’y a presque pas de zéro dans la colonne des défaites dans le monde entier. C’est inévitable de perdre dans le sport professionnel. Mais ce que je ne veux jamais, c’est que mon équipe sente qu’elle perdra avant même d’avoir joué. »

Un regain de popularité

Maas a réanimé les Alouettes avec la coupe Grey de 2023 et l’attaque explosive dirigée par le quart-arrière Davis Alexander a, ensuite, redonné vie à la ferveur des partisans envers le club.

« Quand je marche à Montréal, des gens vont me lancer « Go Als » ou me demander une photo. Ça n’arrivait pas il y a quatre ans, je peux te dire ça. J’entends les histoires des joueurs aussi, la fièvre s’en vient. Les gens croient en nous et notre équipe est excitante à regarder. Je suis reconnaissant que les gens nous supportent », a noté celui qui a brièvement joué pour les Alouettes en 2007.

Le Vieux-Port de Montréal, un tour sur le fleuve Saint-Laurent, des matchs du Canadien, une visite au tennis à l’Omnium Banque Nationale, Maas a goûté à plusieurs incontournables de Montréal. Mais il avoue, en riant, que les temps libres sont rares.

« Quand je suis seul en ville, je ne fais rien d’autre que partir de mon appartement pour aller au travail. J’en profite davantage quand j’ai de la famille en visite. J’adore la nature à Montréal. Même s’il s’agit d’une grande ville, il y a de beaux parcs et de belles activités extérieures, ce que j’apprécie le plus », a ciblé Maas qui s’en allait montrer la vue du sommet du mont Royal à son oncle et sa tante après l’entrevue.

Son fils a-t-il plus de talent que lui?

Parmi ses plus beaux moments à Montréal, il y a assurément ceux avec son fils, Bear, alors que Maas lui fait vivre toutes les coulisses du sport professionnel. Être sur les lignes de côté pendant un match, discuter avec les joueurs dans le vestiaire, lancer le ballon avec eux…

Mais la grande question – et la plus amusante – était de savoir s’il est plus talentueux que son papa ?

« À son âge, il est plus costaud et plus fort que je l’étais grâce à la lutte qu’il pratique depuis huit ans. Il est athlétique, plus que moi. Je dois donner le mérite à ma femme qui était très athlétique aussi. Je n’avais pas le plus grand talent au monde, mais je croyais fermement que je deviendrais un athlète professionnel. Je lui ai dit que c’est la chose la plus difficile au monde donc ça exigera des sacrifices. Il a d’ailleurs sacrifié trois jours avec sa sœur et ses cousins qui étaient en ville pour participer à un camp de football. S’il est prêt à continuer dans ce sens, je ne vais pas parier contre lui et je vais continuer de l’épauler », a décrit Maas qui a connu la meilleure de ses 11 saisons en 2004 avec 5270 verges aériennes.

Le talent et la détermination peuvent mener loin. Mais Maas veut d’abord lui léguer l’attitude qui a ravivé les Alouettes.

« Avant tout, je veux qu’il soit un grand travaillant et une personne respectée qui respecte les autres. Un bon coéquipier qui aime ses coéquipiers, qui est aussi content de ses succès que ceux de ses partenaires », a conclu Maas.