Don Matthews a été la personnalité la plus polarisante des 30 dernières années chez les Alouettes. Le regretté propriétaire de l’équipe, Robert Wetenhall, a déjà déclaré qu’il était un cauchemar de relations publiques!
Les cinq saisons de l’entraîneur-chef à Montréal ont été marquées par beaucoup de victoires, mais aussi des controverses et quelques cocasseries.
David Arsenault, qui a eu sa part d’accrochages avec « The Don », dresse sa liste des dix moments les plus mémorables.
10-Bon Don, Bad Don
Don Matthews entretient une relation harmonieuse avec ses joueurs, mais c’est tout le contraire avec les journalistes. Il n’est pas question ici de ceux qu’on ne voit jamais de juin à novembre, et qui apparaissent durant la semaine de la Coupe Grey pour nous servir leurs grandes leçons de journalisme. Non. Je parle de ceux et celles qui couvrent l’équipe quotidiennement. Matthews est arrogant, condescendant et irrespectueux. Quand il ne pousse pas un caméraman qu’il juge trop près de lui, il ne se présente pas à son point de presse parce qu’il est en désaccord avec nos méthodes de travail. Un exemple? Il n’aime pas qu’on interroge Jim Popp au sujet de tel ou tel joueur, surtout s’il a déjà abordé le sujet avant avec son directeur général. Excédés, les journalistes décident de boycotter un entraînement en août 2003. Les Alouettes vont être furieux de ne pas avoir de couverture médiatique et « The Don » va comprendre que son attitude est inacceptable. C’est ce qu’on croit, mais rien n’y change. Le boycottage prend fin 24 heures plus tard.
9-Espionnage à Ottawa
Les cas de tricherie sportive sont nombreux et les Alouettes n’y échappent pas en 2004. On les accuse de voler les signaux de leurs adversaires en filmant les entraîneurs sur les lignes de côté lors des matchs. L’espion mandaté par Matthews, que nous appellerons Cam Recorder, a été pris sur le fait dans les gradins à Ottawa. Sans rien confirmer, l’entraîneur déclare qu’il utilisera tous les moyens permis pour préparer son équipe, avant d’ajouter : « Je préfère être au sommet de la montagne et qu’on me déteste, qu’être aimé en restant tout en bas. ». Matthews conclut la saison au pied de la montagne avec une élimination en finale de division.
8-Les dix « commandements » de Don
Il n’en demeure pas moins que cette histoire reste dans l’actualité durant quelques semaines. À chaque veille de match à l’étranger, les journalistes locaux posent des questions à ce sujet. Exaspéré, Matthews décide de rédiger une liste des dix pires clichés du football. Une copie est même remise à chaque membre des médias avant un match à Ottawa. Ceux et celles qui n’aiment pas son style abrasif ou ses réponses trop directes pourront dorénavant consulter cette liste pour effectuer leur travail. Des exemples : « Nous allons nous concentrer sur un match à la fois », et « Quand tu travailles fort, tu as de bons résultats ». Sachez que « donner son 110 % » et « Il faut faire les petites choses » n’étaient pas sur la liste.
7-L’affaire n’est pas dans le sac
La ligne offensive est malmenée depuis au moins un mois, ce qui explique en grande partie la séquence de quatre revers dans laquelle les Alouettes sont embourbés. Critiqué de toutes parts, Don Matthews procède à deux changements avant un match à Vancouver en 2006. Luke Fritz (supposément blessé) et Paul Lambert sont remplacés par les nouveaux venus Ian Allen et Tango McCauley. La décision est mal reçue par certains vétérans et le résultat est catastrophique. Les Alouettes accordent 12 sacs, un de moins que le record de la LCF. La ligne, l’entraîneur…tout le monde est à blâmer, rappelant qu’il faut être deux pour danser le tango (McCauley?).
6-Un pari suicidaire
Matthews prend une autre décision douteuse à quelques jours du match de la Coupe Grey en 2003. Insatisfait du rendement de ses demis de coin Omar Evans et Wayne Shaw, il les remplace par deux recrues. Le quart des Eskimos, Ricky Ray, fait fi du blitz des Alouettes et exploite les pauvres D.J. Johnson et Brandon Williams durant tout le match : 22 en 32, 301 verges et deux passes de touché. Au terme de la défaite des siens, Matthews refuse de porter le bonnet d’âne, ou de jeter le blâme sur deux jeunes joueurs. « Ils vont jouer dans la LCF pendant très longtemps », dit-il. Johnson dispute sept autres matchs avant de prendre sa retraite. Williams? Aucun.
5-C’est l’heure de chanter!
Matthews instaure un cri de ralliement dès sa première saison. Avant chaque match, il demande à ses joueurs « What time is it? » et ceux-ci doivent répondre « Time to get busy! » L’entraîneur-chef s’en sert même pour galvaniser la foule au terme du défilé de la coupe Grey en novembre 2002. Trois ans plus tard, un groupe musical montréalais a l’idée d’en faire une chanson en mixant des extraits de Matthews avec du hip-hop. L’initiative du collectif Whimzical ne laisse personne indifférent. Certains aiment, d’autres pas. Une chanson à l’image de celui qui en a été l’inspiration.
4-C’est la faute aux journalistes
Les Alouettes s’entraînent en prévision de la finale de l’Est. Matthews donne ses directives avant de pratiquer un jeu truqué. Il n’y a aucune restriction pour les médias, dont les caméramans qui peuvent filmer. Lawrence Phillips, un demi offensif, lance le ballon vers Jeremaine Copeland. Barron Miles tente de faire avorter le jeu, mais il entre en collision avec un coéquipier et se blesse. La séquence entière, captée par RDS, est diffusée à Sports 30 et à TSN. L’incident est aussi décrit dans ses moindres détails à la radio et dans les quotidiens montréalais, mais seul RDS subit réellement les foudres de Matthews et de son coordonnateur offensif le lendemain. « À cause de toi, on est obligé de jeter ce jeu-là à la poubelle! », me lance Jim Barker, les yeux exorbités. « C’est toi qui as décidé de montrer ça? », me demande Matthews sans rien ajouter. Je confirme : si Matthews avait eu des fusils à la place des yeux, je n’aurais jamais pu écrire cette histoire.
3-Recherché : terrain d’entraînement
Contrairement aux Canadiens et au CF Montréal, les Alouettes n’ont pas leur propre complexe d’entraînement. En septembre 2004, Matthews souhaite que son équipe s’entraîne à l’extérieur, mais le mauvais temps l’oblige à revoir son plan. Il décide que la séance aura lieu dans le stade olympique. La surface de jeu utilisée par les Expos serait une très bonne alternative, mais des ouvriers ont commencé à la démanteler en vue du Supercross de Montréal. Après A et B, Matthews passe au plan C. Il amène son équipe sur l’énorme balcon qui se trouve sous le tableau indicateur au champ-centre! Regarder des receveurs capter des ballons en tentant d’éviter des joueurs et des colonnes de béton peut être fort divertissant pour un journaliste. Merci Don!
2-Ô Canada au Big O
Don Matthews ne fait jamais les choses à moitié. Vingt-sept après avoir entrepris sa carrière d’entraîneur dans la LCF, il obtient sa citoyenneté canadienne devant 53 000 personnes. La cérémonie d’assermentation, présidée par le juge à l’Immigration et ancien botteur des Alouettes George Springate, se déroule avant un match au stade olympique en octobre 2004. Matthews dit avoir hésité avant d’accepter qu’on organise une telle cérémonie. Il n’aurait pas voulu qu’elle ait lieu avant une rencontre éliminatoire, par exemple. Me voilà réconcilié avec le personnage.
1-La mascotte réprimandée
Les accrochages entre l’entraîneur-chef et les médias émeuvent très peu les partisans. Ce qu’ils veulent avant tout, c’est la victoire et un bon spectacle. Dans ces deux domaines, Matthews excelle. Une semaine après avoir vu la mascotte Blitz écoper d’une pénalité durant un match – ce n’est pas une blague – il la convoque devant les journalistes et lui impose une amende de 5000 $! Penaud, sans mot (rappelons qu’une mascotte ne peut parler, à moins de s’appeler Bonhomme Carnaval), Blitz accepte sa punition en hochant sa tête gonflable surdimensionnée. La scène, qui se déroule dans la salle de presse au stade olympique, a quelque chose de surréaliste.



