MONTRÉAL - Bill Guerin n’a pas seulement privé l’équipe américaine de hockey d’un défenseur de grand talent en écartant Lane Hutson de sa formation qui tentera de récolter une médaille d’or olympique pour la première fois depuis le «Miracle on Ice» de 1980 à Lake Placid.
Il a privé le jeune défenseur du Canadien de la plus grande scène qui soit sur le plan sportif. Une scène dont il aurait pu profiter pour prouver à la planète hockey au grand complet, ce que ses coéquipiers du Tricolore, leurs partisans bien sûr, mais aussi et surtout plusieurs de ses rivaux savent déjà : qu’il est l’un des meilleurs défenseurs de la LNH.
Malgré son âge; malgré sa petite taille; malgré le fait que ses tirs soient loin d’être redoutables en matière de vélocité.
Il faut voir jouer Hutson pour pleinement mesurer l’amplitude de son talent. Et plus souvent tu le vois quadriller la patinoire, plus souvent il te surprend, il t’impressionne, il te mystifie par la rapidité et la qualité de ses prises de décision. Pas la rapidité et la qualité de ses actions. Des actions offensives qui retiennent l’attention générale en raison de leur aspect spectaculaire. Mais aussi des actions défensives qui passent plus souvent inaperçues dans les faits saillants des rencontres, mais qui sont tout aussi importantes, et même davantage, quand vient le temps d’évaluer la qualité d’un défenseur.
À sa deuxième saison dans la LNH, Lane Hutson n’a pas encore eu l’occasion de rayonner en séries pendant des semaines en éliminatoires, voire en finale de la coupe Stanley, pour confirmer l’étendue de son talent.
Ça viendra!
Le tournoi olympique lui aurait donné cette occasion. Il lui aurait permis de faire un grand bond dans le portrait des meilleurs défenseurs de la LNH.
Il aurait permis à Hutson de donner raison à ceux et celles qui considèrent, et je fais partie du groupe, qu’il mérite une place dans la course au trophée Norris cette année.
Aussi bon soit Hutson, et il l’est sans bon sens, il est primordial ici de reconnaître que le jeune défenseur profite d’un paratonnerre exceptionnel en Mike Matheson. Tantôt avec Noah Dobson, tantôt avec Kaiden Guhle, tantôt avec Alexandre Carrier, Matheson affronte systématiquement les meilleurs attaquants adverses à forces égales. C’est lui qui se tape aussi toutes les missions difficiles en désavantage numérique.
Cela permet à Hutson de maximiser ses performances en défensive face à des rivaux moins redoutables et aussi de se lancer à fond vers la zone ennemie. Ce qu’il fait avec brio.
Non! Je ne crois pas que Lane Hutson soulèvera le trophée Norris un an seulement après avoir soulevé le trophée Calder remis à la recrue de l’année dans la LNH.
Mais oui! Il mérite d’être au sein des cinq, six ou sept principaux candidats.
À la pause olympique, ma sélection des cinq premiers candidats en lice pour le titre de défenseur de l’année dans la LNH est donc la suivante :
Trophée Norris
- Cale Makar
- Zach Werenski
- Miro Heiskanen
- Moritz Seider
- Lane Hutson
Quinn exclu… pour le moment
Écarter Quinn Hughes au profit de Lane Hutson est susceptible de soulever des critiques. D’attirer des accusations de partisanerie.
J’en conviens.
Sans oublier que des défenseurs comme Jake Sanderson, des Sénateurs d’Ottawa, Mattias Samuelsson ou Rasmus Dahlin, des Sabres de Buffalo, Darren Raddysh qui connaît une saison exceptionnelle à Tampa ou son coéquipier J.J. Moser dans la catégorie des défenseurs défensifs et pourquoi pas la recrue Matthew Scheafer des Islanders méritent amplement d’être considérés pour se faufiler dans les cinq favoris de la course au trophée Norris.
Il est très possible que Hughes, selon ses performances dans le dernier droit de la saison avec le Wild au Minnesota, Jake Sanderson s’il devait contribuer à une remontée improbable des Sénateurs en séries ou un autre des exclus puisse venir s’installer dans mon top-5 d’ici la fin de la saison.
Sans compter que l’un ou l’autre de ces défenseurs, tout comme Evan Bouchard qui ne mérite pas plus le trophée Norris qu’il méritait une place au sein de la brigade défensive d’Équipe Canada, sont peut-être déjà inscrits sur plusieurs listes de plusieurs collègues journalistes qui orchestrent les remises des trophées Norris, Hart, Calder, Selke et Lady Byng.
Mais en ce moment, Lane Hutson mérite sa place.
Ses 58 points placent Hutson au troisième rang des défenseurs les plus productifs derrière Evan Bouchard (63) et Zach Werenski (62).
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Hutson n’a récolté que 16 de ses 58 points en avantage numérique. Ça le laisse au 12e rang.
Mieux encore, Hutson occupe le troisième rang chez les défenseurs de la Ligue avec un différentiel de plus 22. Comme quoi il sait s’imposer tout autant à forces égales. Cale Makar (+28) et Jakob Chychrun (+23) devancent Hutson.
Ces statistiques éloquentes pèsent bien plus lourd dans la balance qu’une quelque forme que ce soit de partisanerie à l’endroit du jeune défenseur du Canadien.
Makar-Werenski : face à face
Parce qu’il est le meilleur défenseur de la LNH, parce que l’Avalanche trône au sommet de la LNH, parce qu’il partage la patinoire avec l’un sinon le meilleur attaquant de la LNH, Cale Makar part favori dans la course au trophée Norris. C’est normal.
Cela dit, Makar est loin de simplement surfer sur sa réputation. On retrouve son nom parmi les meilleurs arrières de la Ligue dans toutes les catégories de mesures de performances avec ses 15 buts, 57 points, différentiel de plus 28, 148 tirs au but et 25 minutes 5 s d’utilisation moyenne par match.
Cale Makar partage aussi, avec Jake Sanderson, le troisième rang chez les défenseurs pour le ratio de minutes de pénalité écopées par rapport aux minutes écopées par l’adversaire à ses dépens.
Makar (20-32) et Sanderson (8-20) sont à moins 12, ce qui est oui une note positive. Quinn Hughes les devance avec un moins 18 (24-42) alors que c’est la recrue Matthew Scheafer qui trône au sommet avec un différentiel ultra positif de moins 28 alors qu’il a écopé 28 minutes de pénalité et obtenu 56 minutes en attaque massive en marge des pénalités dont il a été victime.
À noter que Lane Hutson, malgré toutes ses actions offensives, a écopé deux minutes de pénalité de plus (24) que les adversaires du Canadien en ont écopées (22) à ses dépens.
Aussi bon soit Makar, Zach Werenski l’est presque autant. Ses 20 buts le placent au premier rang dans la LNH, mais doublent également le nombre de buts attendus quand il est sur la patinoire. Le meilleur ratio chez les défenseurs jusqu’ici cette saison.
Werenski a marqué trois buts et récolté 15 points lors d’avantages numériques. C’est quatre points de moins que Makar qui a pourtant passé 82 minutes de plus sur la patinoire en supériorité numérique.
Makar est premier avec 232 minutes en avantage numérique. Quinn Hughes est deuxième avec 226 minutes. Lane Hutson est 14e (175) et Werenski occupe le 18e rang avec 150 minutes.
Le face-à-face tant attendu entre le Canada et les États-Unis aux Jeux de Milan-Cortino offrira une occasion en or à Makar de confirmer qu’il est oui, le meilleur défenseur de la planète hockey, et à Werenski de prouver qu’il est tout aussi bon, et peut-être même meilleur, que lui.
Zach Werenski est la pierre d’assise des Blue Jackets de Columbus. Il est le joueur le plus utile de cette formation. Il obtiendra certainement des votes dans la course au trophée Hart. Surtout si les Jackets accèdent aux séries.
Si Rick Bowness arrive à orchestrer pareille remontée, ça n’assurera pas le Hart à Werenski. Ça non! Mais ça moussera grandement sa candidature pour le Norris et pourrait lui permettre de coiffer Makar au fil d’arrivée, renversant du coup le résultat final de l’an dernier.
Pourquoi avoir choisi Miro Heiskanen?
Parce qu’il est, à mes yeux, le défenseur le plus important des Stars de Dallas qui forment l’une des meilleures équipes de la LNH et aussi parce qu’il est l’un des défenseurs les plus complets de la LNH.
Heiskanen partage le septième rang des marqueurs chez les défenseurs avec ses 46 points. Le même total que Jakob Chychrun, son coéquipier avec les Caps John Carlson et Jake Sanderson des Sénateurs.
Heiskanen passe en moyenne 26 minutes sur la patinoire (25 :59 pour être précis). Il joue dans toutes les situations et toujours contre les meilleurs joueurs de l’ennemi. Il a passé 189 minutes sur la patinoire lors d’attaque massive et 173 minutes en désavantage numérique.
Moritz Seider est dans la même catégorie que Heiskanen. Je dois toutefois admettre que j’ai toujours eu un préjugé favorable à l’endroit de ce défenseur allemand qui est l’un des responsables de la saison de grande qualité des Red Wings de Detroit.
Est-ce que Lane Hutson pourrait le devancer au quatrième rang? Peut-être. Est-ce que Chychrun ou Sanderson devraient être plus haut que lui sur la liste des candidats au trophée Norris? Peut-être aussi.
Le dernier droit de la saison permettra de trancher avec plus de précisions… ou pas!





