MONTRÉAL - Pendant que les meilleurs joueurs de la LNH reprennent leur souffle et apprivoisent le décalage horaire avant de partir en quête de la médaille d’or aux Jeux olympiques de Milano-Cortina, pourquoi ne pas débattre un peu sur les courses aux principaux honneurs individuels qui seront remis une fois la coupe Stanley soulevée en juin prochain.
Parallèlement au trophée Ted Lindsay, trophée remis par l’ensemble des joueurs de la LNH à celui qu’ils considèrent le meilleur du circuit, le trophée Hart est le plus convoité.
Et il est important de rappeler une fois encore que le trophée Hart, l’un des cinq trophées remis par les journalistes affectés à la couverture de la LNH – les autres sont les Norris, Calder, Selke, Lady Byng, en plus des deux équipes d’étoiles alors que le Vézina est octroyé par les directeurs généraux et le Jack Adams par les collègues descripteurs et analystes – est remis à celui que les journalistes considèrent avoir été le plus utile à son équipe et non seulement le joueur par excellence de la saison en cours.
La nuance est importante.
Sans surprise aucune, Nathan MacKinnon et Connor McDavid partageaient la ligne de départ dans la course au trophée Hart en octobre dernier.
Au quart de la saison, MacKinnon était en tête. Largement en tête. À la mi-saison, McDavid s’était rapproché du fer de lance de l’attaque de l’Avalanche du Colorado.
À la pause olympique?
Il est permis de se demander si Nikita Kucherov ne les a pas maintenant rejoints et dépassés. Il est même permis de répondre oui à cette question.
Macklin Celebrini? Il n’a pas seulement forcé la main aux dirigeants d’Équipe-Canada de l’insérer au sein de la formation qui tentera de mettre la main sur la médaille d’or à Milan; il n’a pas seulement forcé la main de Jon Cooper de lui faire une place au sein du premier trio avec Connor McDavid; il s’est aussi hissé parmi les meilleurs joueurs de la LNH et ceux qui sont les plus utiles aux succès de leurs équipes.
Un bémol : aussi bon soit Celebrini et il est excellent, aussi utile soit-il aux Sharks, si cette équipe n’est pas des séries en avril prochain, il n’obtiendra pas mon vote.
Pourquoi?
Parce que d’autres joueurs, peut-être moins flamboyants sur le plan des statistiques, auront contribué à hisser leur club respectif en séries. Il serait donc injuste et injustifié, du moins à mes yeux, d’écarter des joueurs qui ont réussi à prolonger la saison de leur formation au profit de joueurs qui ont raté les séries.
Surtout que plusieurs joueurs bataillent pour compléter la sélection de cinq votes à soumettre une fois la saison régulière terminée.
Fort d’une saison exceptionnelle, Macklin Celebrini est de ma sélection à la pause olympique. Mais il pourrait en être écarté lors du dépôt des bulletins de vote tout juste avant le début des séries éliminatoires.
Voici mon classement actuel :
- Nikita Kucherov
- Nathan MacKinnon
- Connor McDavid
- Sidney Crosby
- Macklin Celebrini
Sans jamais balayer du revers de la main son talent exceptionnel, j’ai très souvent été pointilleux dans l’analyse de la contribution de Nikita Kucherov dans les succès du Lightning et dans la place que je lui réservais dans la course au trophée Hart.
Le Lightning étant un club «paqueté» en matière de talent, un club qui compte depuis des années sur le meilleur gardien de la Ligue, l’un des meilleurs défenseurs du circuit, des centres de premier plan, des joueurs de soutien qui semblent toujours maximiser leurs performances à Tampa confirmant ainsi que Jon Cooper est l’un, sinon le, des meilleurs entraîneurs-chefs de la LNH, les performances de Kucherov étaient moussées par ses coéquipiers formidables.
En plus, Kucherov a traditionnellement maximisé sa production en avantage numérique. Ce n’est pas un crime. Loin de là. Mais en comparaison aux autres piliers dans la course au trophée Hart, il n’était pas dans le «photo finish». Du moins dans le mien.
Jusqu’ici cette année, c’est tout le contraire.
Kucherov rivalise avec McDavid et MacKinnon en matière de points. Mais il me semble plus utile que ses principaux rivaux alors que le Lightning domine la section Atlantique, l’Association de l’Est, et il flirte avec le premier rang du classement général en dépit des blessures qui ont miné cette formation.
Kucherov, avec ses 29 buts et 91 points, a contribué à 47 % des buts du Lightning. Il affiche une production de 1,78 point par match disputé.
Il affiche aussi, et surtout, un différentiel de plus 30 alors qu’il a marqué 23 de ses 29 buts et récolté 62 de ses 91 points à forces égales.
Le Lightning a connu deux séquences difficiles jusqu’ici cette saison. Une séquence de 1-4-2 pour ouvrir la saison. Une autre de deux victoires en neuf matchs (2-6-1) en milieu de saison.
Lors de la première séquence, Kucherov a raté deux matchs en plus d’être écarté de la feuille de pointage à deux occasions. Lors de la deuxième, il a aussi raté deux rencontres en plus d’être blanchi à trois reprises.
Le Lightning a amorcé la pause olympique en surfant sur une séquence de 19 victoires (19-1-1) à ses 21 dernières parties. Sans surprise, Kucherov s’est imposé avec 17 buts et 50 points au fil de ces 21 parties. Ou de 20 de ces 21 rencontres puisqu’il a été blanchi à une occasion.
Le Lightning a été privé de plusieurs de ses meilleurs joueurs cette année alors que les Victor Hedman, Brayden Point, Anthony Cirelli, Nick Paul, Ryan McDonagh et Erik Cernak ont tour à tour été blessés et raté plus que leurs parts de match.
Ce qui met encore plus en évidence l’importance de la contribution de Kucherov. Bon! Cela auréole aussi les performances d’Andrei Vasilevskyi devant la cage, le génie de Jon Cooper derrière le banc et le génie de Julien BriseBois et de son état-major qui a su dénicher des joueurs susceptibles de colmater les brèches avec succès.
Mais ce que Kucherov fait depuis le début de l’année, surtout depuis les 21 derniers matchs, n’est rien de moins que phénoménal. D’où sa première place provisoire à la pause olympique.
MacKinnon et McDavid en maraude
Nikita Kucherov peut savourer sa première place pendant que ses principaux rivaux participent à des Jeux olympiques dont il a diminué l’importance en raison de l’absence de sa Russie natale, suspendue en raison de l’invasion de l’Ukraine et du conflit qui perdure depuis trop longtemps.
Mais la course est loin d’être finie.
Au quart de la saison et même un peu plus tard, de course il n’y avait pas tant Nathan MacKinnon et l’Avalanche du Colorado dominait la LNH.
Les 31 victoires de l’Avalanche après 40 rencontres (31-2-7) ravivaient les souvenirs des grandes dominations du Canadien dans les années 1970. Elles mettaient aussi en évidence les performances de MacKinnon qui a inscrit 34 buts et ajouté 36 mentions d’aide au fil de ses 40 premières parties.
Le club de MacKinnon est retombé sur terre ensuite comme le confirme sa fiche de ,500 (7-7-2) lors de ses 16 dernières parties. L’Avalanche s’est même fait blanchir 2-0 par les Red Wings devant ses partisans. Les 23 points (six buts) de MacKinnon lors de cette séquence sont intéressants, mais il est important de souligner qu’il a été blanchi sept fois en 16 matchs. Ce qui l’est beaucoup moins.
Bon! Ce n’est pas une catastrophe. MacKinnon aura d’ailleurs l’occasion de reprendre son rythme d’enfer à son retour de Milan, mais cela explique pourquoi Kucherov est légèrement en avance pour le moment.
McDavid? Il est bien sûr en maraude lui aussi. Ses 96 points (34 buts) confirment qu’il a contribué à 48,5 % des buts des Oilers. Ce qui démontre son importance. De fait, ses coéquipiers ont perdu sept des 10 matchs au fil desquels McDavid a été blanchi jusqu’ici cette saison. Ils n’ont signé qu’une petite victoire lors de ces 10 matchs (1-7-2).
À l’image du Lightning, les Oilers ont pu se remettre d’un début de saison ordinaire (11-11-5) en gagnant ensuite 17 de leurs 30 derniers matchs (17-10-3). Connor McDavid a eu un gros mot à dire dans ces succès. Sans oublier que le retour en forme et en force de Zach Hyman (36 points, 22 buts lors des 39 matchs disputés depuis son retour) a contribué à mousser la production offensive de McDavid.
Crosby, Celebrini, Suzuki et les autres
Pour les 81 points (28 buts) qu’il revendique, Macklin Celebrini mérite, pour l’instant, sa place au sein du top-5 dans la course au Trophée Hart.
Il a participé à 47,4 % des buts des Sharks. Ce qui le place entre McDavid et Kucherov. Le fait qu’il ait marqué 11 buts de plus et récolté 42 points de plus que son plus proche coéquipier Will Smith – il a aussi récolté 26 passes de plus qu’Alexander Wennberg, deuxième à ce chapitre chez les Sharks – illustre encore plus son importance au sein de son équipe.
Pourquoi alors lui préférer Sidney Crosby au quatrième rang?
Parce que ce que Crosby est en voie de réaliser, à 38 ans et à sa 21e saison dans la LNH, est plus phénoménal encore.
J’affiche tout de go ma très grande admiration pour Crosby. Je confesse aussi que cette admiration peut se traduire par une analyse plus favorable.
Mais quand même : Avec ses 27 buts et 59 points, Crosby maintient sa place au sein des meilleurs marqueurs de la LNH. Il n’est plus le joueur par excellence de la Ligue, j’en conviens. Mais le fait d’avoir hissé ses Penguins en deuxième place dans la section Métropolitaine alors que les prédictions les plus optimistes laissaient quand même les Penguins au dernier rang dans la Métro tient presque du miracle.
En fait, non! Cela confirme que la grandeur de Sidney Crosby est toujours la même, malgré le fait que sa splendeur sur la patinoire ait été dépassée.
Plusieurs joueurs se bousculent ensuite dans la course au trophée Hart et pour la cinquième place – du moins ma cinquième place – qui deviendra disponible si Celebrini et les Sharks sont exclus des séries.
Les candidatures de Nick Suzuki, Lane Hutson ou Cole Caufield seront avancées par les partisans du Canadien. Ce qui est loin d’être exagéré. Mikko Rantanen ou son coéquipier Jason Robertson, à Dallas, David Pastrnak, à Boston, Matt Boldy, au Minnesota, Sebatian Aho, en Caroline, Zach Werenski, à Columbus, Tage Thompson, chez les Sabres, Lucas Raymond ou son coéquipier-défenseur Moritz Seider à Detroit, méritent certainement des considérations eux aussi.
Ce qui rendra la course au trophée Hart tout aussi intéressante autant pour les trois premières places que les deux dernières.





