MONTRÉAL – Dans l’ombre de Sidney Crosby qui méritait pleinement toute l’attention de la planète hockey en rejoignant et dépassant Mario Lemieux à titre de plus prolifique marqueur de l’histoire des Penguins (1724 points), Juraj Slafkovsky a continué à impressionner dimanche soir à Pittsburgh.
Slafkovsky a fait bien plus qu’offrir des passes sensationnelles à Oliver Kapanen et Ivan Demidov pour qu’ils marquent leurs 11e et 8e buts de la saison. Il a, encore dimanche, été le fer de lance du meilleur trio du Canadien. Il a été, encore dimanche, le meilleur attaquant du Tricolore.
En plus de préparer deux buts, Slafkovsky aurait pu donner la victoire au Canadien en prolongation. Une prolongation toute à l’avantage du Tricolore qui aurait facilement pu gâcher la soirée historique de Sidney Crosby.
Mais bon! Les Dieux du hockey ont sauvé la soirée en poussant Slafkovsky, Mike Matheson et Cole Caufield à tirer sur les poteaux.
Juraj Slafkovsky joue du hockey tellement inspiré depuis un mois – du hockey « mature » comme le soulignerait Martin St-Louis – qu’il est permis de se demander s’il n’est pas devenu le catalyseur de l’attaque.
Quand il évolue à la droite de Nick Suzuki et Cole Caufield, le Canadien compte sur un premier trio dangereux. Un premier trio qui fait payer « cash » les erreurs de l’adversaire. Un premier trio digne de ce nom.
Au sein de ce trio, Slafkovsky amène la fougue de sa jeunesse. De ses 21 ans et 267 jours.
Quand il remplit le rôle de parrain d’Ivan Demidov et d’Oliver Kapanen que son entraîneur-chef a décidé de lui confier plus tôt cette saison, Slafkovsky a encore le même âge. La même fougue. Mais on dirait que c’est l’expérience de ses 236 matchs déjà disputés dans l’uniforme du Canadien qui prend le dessus. Il n’est plus le complément de Suzuki et Caufield, il est le chef d’orchestre de son trio.
Et comme ça, d’un coup de baguette, le Canadien compte sur un deuxième trio non seulement efficace en défensive, mais capable de produire à un rythme presque endiablé.
Comme on l’a vu dimanche soir à Pittsburgh.
Guidés par Slafkovsky, Kapanen et Demidov n’ont pas l’air de recrues un brin perdues dans le tumulte de la LNH. Ils ont l’air de joueurs de hockey capables de non seulement composer avec la réalité du moment, mais en mesure de s’imposer contre n’importe qui, dans n’importe quelle circonstance.
Demidov et Kapanen font bien sûr leur part dans tout ça. C’est évident. Mais on les sent inspirés quand Slafkovsky donne le ton. Quand il prend le contrôle et les invite à le suivre. Avec les résultats impressionnants que ce trio offre au Canadien.
Avec ses 11 buts, Kapanen partage le premier rang à ce chapitre avec Beckett Sennecke des Ducks d’Anaheim. Une statistique impressionnante de la part d’un joueur dont personne n’attendait une telle production.
Mais plus encore que ces 11 buts, l’efficacité de Kapanen aux cercles des mises en jeu, l’efficacité plus impressionnante encore de son jeu en défensive, font de ce jeune joueur un atout de premier plan pour le Tricolore.
Tellement, qu’on peut se demander pourquoi diable le Canadien modifierait ce trio ô combien efficace même s’il vient de faire l’acquisition de Phillip Danault pour solidifier la ligne de centre.
Avec ses 28 points, Demidov partage le premier rang des pointeurs avec le jeune attaquant que les Ducks lui ont préféré au repêchage il y a deux ans. Demidov et Sennecke sont toujours au coude à coude avec Matthew Schaefer, le sensationnel défenseur des Islanders, dans la course au trophée Calder.
Le deuxième en hausse, le premier en baisse
L’ennui pour le Canadien et ses partisans, c’est qu’en l’absence de Slafkovsky, Nick Suzuki et Cole Caufield ne jouent plus avec la même efficacité. À l’attaque, comme en défensive.
Est-ce attribuable seulement au changement d’affectation de Slafkovsky? Peut-être pas.
Le Canadien confirmerait que Suzuki joue en dépit une blessure que personne ne serait surpris. Il a perdu une demi-seconde dans ses exécutions. Il est moins teigneux en défensive. Il est moins efficace aux cercles des mises en jeu. Les cinq mises en jeu gagnées sur les 16 disputées dimanche (31 %) en témoignent avec éloquence.
Je l’ai écrit après la victoire de samedi aux dépens des Penguins, je vais l’écrire encore après la défaite en tirs de barrage encaissé aux mains de ces mêmes Penguins : Suzuki était à son meilleur en début de saison alors qu’il n’avait pas à perdre d’énergie en désavantage numérique. Les pertes de Newhook et d’Evans forcent Martin St-Louis à faire appel à Suzuki pour « tuer » les pénalités.
Mais cela « tue » aussi son capitaine qui sera le premier à profiter de l’entrée en scène de Danault mardi à Boston.
Quant au petit Cole, il bousille des occasions en or autour du filet adverse. Il n’a pourtant pas perdu sa touche comme il l’a démontré en tirs de barrage avec un quatrième but en cinq occasions cette saison. Mais Caufield nous a habitués à « créer » des buts là où il ne semblait pas possible d’en marquer, que de bousiller de belles occasions.
Parlant de tirs de barrage, Nick Suzuki en a raté un quinzième consécutif dimanche soir à Pittsburgh. Il n’est plus l’ombre du magicien qui en avait marqué 11 à ses 20 premières tentatives, enfilant quatre buts décisifs au fil de cette séquence.
Envoyé en relève à Juraj Slafkovsky au sein du premier trio, Zachary Bolduc a un rôle ingrat à remplir. Car ne remplace pas Juraj Slafkovsky qui veut. Surtout lorsque « Slaf » joue du hockey aussi efficace qu’il ne le fait depuis un mois (4 buts, 14 points à ses 15 derniers matchs depuis le 22 novembre).
Le Québécois ne joue pas mal. Il travaille. Il fonce. Il patine. Il s’offre en cible et a marqué sa part de buts. Mais ça ne se traduit pas nécessairement par la création d’une chimie instantanée avec ses compagnons de trio.
Contrairement à ce qu’on voit avec la complicité évidente qui s’est développée entre Slafkovsky, Demidov et Kapanen.
Donner à un sans nuire à l’autre
Bien hâte de voir comment Martin St-Louis et l’état-major jongleront avec les effectifs avec l’entrée en scène de Danault. Avec les retours au jeu éventuels de blessés.
St-Louis peut difficilement changer une combinaison aussi gagnante que celle de son deuxième trio. Mais il doit aussi trouver une manière d’offrir un survoltage qui semble nécessaire à Nick Suzuki et Cole Caufield.
Comment donner à un sans nuire à l’autre?
Muter Demidov et Bolduc?
Renvoyer Slafkovsky avec Suzuki et Caufield, envoyer Kapanen à l’aile et insérer Danault entre lui et Demidov?
On ne saura bien assez vite…
Gestion efficace du banc
Il n’est pas toujours évident pour un entraîneur-chef dont l’équipe évolue à l’étranger de gagner les petites batailles de confrontation de trio.
C’est souvent là qu’on voit comment un coach peut profiter d’une petite erreur de son vis-à-vis.
On en a eu un bel exemple en début de match dimanche lors d’une mise en jeu dans le territoire du Canadien.
Parce que Dobes a sorti le filet de ses amarres en effectuant une glissade sur sa droite pour effectuer l’arrêt, Martin St-Louis ne pouvait envoyer de nouveau joueur sur la patinoire.
Le trio d’Owen Beck, flanqué de Gallagher et Blais, est donc demeuré sur la glace.
Pour une raison qui lui est propre – mais qui m’a pris par surprise quand même – l’entraîneur-chef des Penguins Dan Muse a décidé de garder Sidney Crosby et le premier trio au banc alors que l’occasion était parfaite pour lui donner la chance de profiter de la situation.
Les Penguins avaient donc sur la glace Kindel, McGroarthy et Koivunen sur la patinoire. Trois recrues de premier plan. Mais trois recrues qui totalisent 79 matchs d’expérience dans la LNH.
Beck gagne la mise en jeu et dès que le Canadien amorce sa poussée en zone ennemie, St-Louis rappelle Blais et Beck au banc pour envoyer Suzuki et Caufield.
La présence d’esprit de Martin St-Louis ne s’est pas transformée en but. Mais elle permet de mettre en évidence une gestion agressive et efficace de ses effectifs.





