MONTRÉAL – Depuis que son arrivée au CF Montréal a été annoncée, les accomplissements sportifs d’Alexis Sánchez ont été soulignés à gros traits. Son passage dans les plus grands clubs d’Europe, ses exploits pour l’équipe nationale du Chili, les nombreux trophées qu’il a soulevés. Sur le terrain, les bienfaits d’une telle acquisition sont évidents.
Pour Thomas Gillier, l’influence de Sánchez se fera ressentir un peu différemment.
Gillier est né et a grandi au Chili. Il était aux portes de l’adolescence lorsque Sánchez a aidé son pays à remporter deux éditions consécutives de la Copa América. « Bien sûr que je m’en souviens », a-t-il lâché au milieu de son point de presse lundi au Centre Nutrilait.
Le gardien du CF Montréal voit Sánchez comme « quelqu’un de très, très important dans l’histoire du Chili. » Mais lorsqu’il le décrit comme une personne « qu’il faut admirer et respecter beaucoup, qui va donner beaucoup au vestiaire », il ne fait pas allusion à ses habiletés avec le ballon.
« Il faut chercher un peu son histoire et savoir d’où il vient exactement », dépose-t-il comme un devoir à ses interlocuteurs.
Surnommé « El Niño Maravilla », Sánchez a vu le jour à Tocopilla, une petite ville du nord du Chili. Son père a abandonné sa famille peu avant sa naissance. Il a été élevé dans la pauvreté par une mère monoparentale avec son frère et ses deux sœurs. Il a plus tard été adopté par un oncle qu’il a souvent identifié comme son véritable père dans plusieurs entrevues.
Il a passé sa jeunesse à effectuer des petits travaux pour supporter sa famille. Le soccer l’a vite fait connaître localement. Il a appris à jouer dans la rue, pieds nus. Il n’a chaussé sa première paire de crampons qu’à l’âge de 15 ans. Ses chances de percer, dans ces circonstances, étaient minimes.
« J’ai dirigé beaucoup de jeunes avec du talent et du potentiel, parfois aussi intéressants qu’Alexis, mais ils finissaient par se perdre en chemin », a dit l’un de ses premiers entraîneurs, Alberto Toldeo, au site FourFourTwo en 2015.
« Il faut être un peu égoïste, éviter les distractions, rester loin des tentations. Quand tu viens d’une famille pauvre, ce n’est pas facile à faire. Mais Alexis était convaincu qu’il y parviendrait, qu’il travaillerait assez fort pour réaliser son rêve. »
C’est surtout à ça que pense Gillier quand il partage aujourd’hui le terrain avec l’une de ses idoles de jeunesse.
« Même si ce n’est pas ma position, c’est quelqu’un que tu admires et qui te motive à ne pas avoir de limites. [...] Rien n’a été facile pour lui. Rien n’est facile pour les joueurs de foot, mais rien n’est impossible non plus. S’il est arrivé dans les meilleurs clubs du monde, dans les meilleures ligues, c’est par sa persévérance et sa résilience. »
« C’est quelque chose à admirer, mais surtout quelque chose à copier, a poursuivi Gillier. Maintenant qu’il est à côté de nous, on va pouvoir apprendre beaucoup de lui. Pour une équipe jeune et réceptive comme la nôtre, c’est de ça dont on avait besoin. On avait juste besoin d’un joueur comme ça. Je pense que ça va changer beaucoup. »
Après le match de samedi contre D.C. United, l’entraîneur Philippe Eullaffroy avait confirmé que Sánchez avait généré d’excellents résultats aux tests physiques auxquels il avait été soumis par le club. Gillier a révélé que son compatriote s’était présenté au travail dimanche, une journée de congé pour tout le monde, pour continuer sa remise en forme.
Le premier entraînement auquel a participé Sánchez lundi était léger, mais il a quand même donné un aperçu de sa nature. On l’a vu, dans un exercice, tacler Matty Longstaff pour récupérer un ballon.
« Ce n’est pas de la chance s’il est arrivé où il est aujourd’hui, a réitéré Gillier. Je pense que sa mentalité est différente. C’est quelqu’un qui est différent. C’est quelqu’un qui va surtout élever les standards du club, élever les standards des joueurs. Il est comme ça, il est intense dans chaque moment, il est à 100%, il ne prend pas de jour off. Je pense qu’il va nous aider beaucoup. Il va nous donner ce petit pas dont le club et l’équipe ont besoin pour gagner des matchs et aller en playoffs. »
Guardiola, Wenger, Eullaffroy
Dans son nouvel environnement, Sánchez partagera le terrain avec des joueurs qui n’ont pas la moitié de son talent. Il était particulier de l’observer échanger de longs ballons avec Daniel Ríos ou jouer au soccer-tennis avec des jeunes joueurs dont le premier réflexe pourrait être de le vouvoyer.
Philippe Eullaffroy a parlé d’une « timidité » et d’une discrétion qui peuvent s’installer chez les joueurs qui accueillent un coéquipier de calibre. Ces sentiments seront dissout, souhaite-t-il, à mesure que l’entraînement engendrera la familiarité.
Pour l’entraîneur, le développement d’un lien avec un athlète qui jouit d’une telle renommée doit aussi venir avec ses défis particuliers. Eullaffroy a un CV solide et des compétences dont on ne peut douter, mais sa feuille de route n’est quand même pas comparable à celles d’Arsène Wenger et Pep Guardiola, deux des grands de leur profession qui ont dirigé Sánchez en Europe.
« Par nature, je suis rarement intimidé par qui que ce soit, a répondu Eullaffroy à nos interrogations. Ce que je vois, c’est surtout le côté humain. Ça reste un être humain avec ses sentiments, avec sa famille, avec ses valeurs. Donc c’est simplement connecter le plus rapidement possible avec l’humain. Et à partir du moment où la connexion se met en place, c’est facile. On a discuté un bon moment ensemble samedi, mais il faut un petit peu de temps. Une fois qu’on aura bien connecté, on va être les pieds sur la table du canapé et on va pouvoir discuter de manière plus libre. Mais voilà, c’est ça. C’est simplement ça. »
« Au bout du compte, ce qui compte c’est l’honnêteté. C’est se mettre nu devant l’autre et dire voilà, je suis comme ça avec mes qualités, mes défauts et qu’il sente que la connexion est réelle ou dans la vérité. On ne se ment pas. Quand je parle des choses qu’on met en place à l’entraînement, ça vient de nous, ce n’est pas un rôle qu’on joue. À partir du moment où le joueur comprend ça, il va accepter les petits défauts de l’autre parce qu’il sent que c’est fait de manière très empathique, de manière très positive pour pouvoir aider tout le monde. »





