TAMPA - Le Lightning devra battre le Canadien deux fois de suite s’il veut éviter une quatrième élimination consécutive en quatre ans dès la première ronde.
Mais pour forcer la tenue d’une septième partie, dimanche, à Tampa, Jon Cooper et ses joueurs devront d’abord commencer par battre le Tricolore et ses partisans vendredi soir au Centre Bell.
Ce qui est bien plus facile à écrire qu’à faire.
Pas seulement parce que les fans entassés à l’intérieur du Centre Bell feront ce que les partisans du Lightning ont été incapables de faire, mercredi, c’est-à-dire de donner le coup de main nécessaire pour gagner en séries, mais parce que le Canadien, du moins ses joueurs de soutient, sont sur une lancée impressionnante.
Le Canadien a marqué le premier but dans quatre des cinq matchs disputés jusqu’ici. Mieux encore, le Tricolore a terminé la première période avec une avance dans chacune des cinq premières parties.
De fait, le Lightning a prolongé, mercredi, à 20, sa séquence de matchs consécutifs au fil desquels ils ont retraité au vestiaire avec un recul à combler ou à égalité après 20 minutes de jeu. Une séquence amorcée le 19 mars dernier.
« Vingt! Vraiment? Vingt comme dans 2 et 0, que Jon Cooper a initialement réagi lorsque les journalistes l’ont confronté à cette statistique loin d’être favorable. C’est certain que ce n’est pas idéal, mais j’aime mieux être en avant lorsqu’on retraite au vestiaire après la troisième période », a poursuivi l’entraîneur-chef du Lightning.
Au-delà de cette statistique négative et la position précaire dans laquelle le Lightning se retrouve alors qu’il fait face à l’élimination, il est permis de se demander si le Lightning croit vraiment en ses chances de revenir de l’arrière, de franchir la première ronde pour avoir ensuite le privilège d’aller affronter les Sabres à Buffalo ou de recevoir les Bruins à la maison.
« C’est bien sûr qu’on y croit encore », a lancé Brandon Hagel venu répondre aux questions des journalistes avant d’effectuer l’envolée vers Montréal avec ses coéquipiers jeudi midi.
« La situation n’est pas idéale. Nous avons offert une performance désolante hier (mercredi) alors que nous n’avons pas profité du fait que nous étions à la maison pour prendre les devants dans la série. Il y a encore beaucoup de hockey devant nous. Un gros défi nous attend. Nous en sommes bien conscients. Mais après le match de demain (vendredi) on en saura plus sur notre équipe et tous les joueurs en sauront plus sur eux-mêmes », a défilé Brandon Hagel avant de retourner vers l’avion.
Brandon Hagel n’a rien à se reprocher. Ses six buts et sept points sont là pour en témoigner. Avec la hargne qu’il affiche, Jon Cooper l’a muté au sein de différents trios afin de les survolter un brin ou deux.
Jake Guentzel (2 buts, huit points) est fidèle à sa réputation de joueurs des séries. Une réputation appuyée sur les 43 buts et 81 points qu’il revendique en 89 matchs de séries disputés en carrière. Dont cinq buts et 14 points offerts au Lightning en dix matchs disputés depuis son acquisition l’an dernier.
Et ne vous laissez pas berner par les deux petites passes associées à son nom : Anthony Cirelli est l’un des piliers du Lightning depuis le début de la série. Parlez-en à Nick Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovsky qui n’ont pas encore trouvé le moyen d’échapper à sa couverture défensive aux allures de camisole de force. Les trois membres du premier trio du Canadien n’ont toujours pas marqué à forces égales en cinq matchs.
Ce n’est pas rien! Du point de vue du Lightning, bien sûr.
En attente du vrai Kucherov
C’est derrière ces trois joueurs que ça se complique.
Malgré le but qu’il a marqué et les cinq passes qu’il a ajoutées, Nikita Kucherov donne l’impression de se ficher éperdument de ce qui se passe sur la patinoire. Il manque de vigueur dans son jeu. Il lève les yeux au ciel dès qu’un jeu avorte. Il semble maugréer après tout et rien chaque fois qu’il revient au banc. Il joue mal dans ses paramètres de joueurs vedettes. Il ne joue pas assez en fait.
Il est loin, très loin, d’offrir à son équipe le genre de performances qui lui ont permis de se hisser au sein des favoris pour mettre la main sur le trophée Hart remis au joueur le plus utile à son équipe cette saison.
Si sa Russie natale avait le droit de participer au Championnat du monde qui s’amorcera dans 14 jours en Suisse, on pourrait croire que Kucherov n’attend que l’élimination du Lightning pour mettre le cap sur Zurich.
Ses performances, au Centre Bell, vendredi, permettront de confirmer ou d’infirmer ces prétentions. Elles lui permettront de démontrer que les six points qu’il revendique ne sont pas qu’un leurre.
Quand Brandon Hagel a lancé qu’après le match de vendredi, les joueurs de son équipe en sauraient plus sur eux-mêmes, j’avais la nette impression qu’il parlait de Kucherov.
Et peut-être aussi d’Andrei Vasilevskiy. L’un des trois finalistes au trophée Vézina cette année, Vasilevskiy n’est pas le plus gros problème du Lightning dans cette série. Cela dit, il a offert un cadeau à Alexandre Texier sur le but qui a propulsé le Canadien à la victoire mercredi soir. Sa moyenne de 2,68 buts alloués par matchs et surtout son efficacité de 88 % sont loin d’être à la hauteur. Elles le laissent derrière Jakub Dobes (2,49 buts alloués par match et 90,3 % d’efficacité).
« Il y a eu des erreurs collectives avant ce but. “ Vasi ” a racheté tellement souvent ce genre d’erreurs qu’il est difficile de le blâmer parce qu’il ne l’a pas fait sur un but », avait commenté Cooper après le match.
Brayden Point, qui n’affiche qu’un but et présente un différentiel de -1, pourrait aussi être pointé du doigt, car il est très loin d’être le joueur dominant qui devait défendre les couleurs du Canada aux JO de Milan. Mais les collèges de Tampa assurent qu’il joue en dépit de blessures « au haut et au bas du corps » qui minent ses performances.
Autre joueur qui doit en donner plus, bien plus : Corey Perry qui n’a qu’un différentiel de -2 à son actif. Non seulement Perry n’a rien fait offensivement, mais il est loin d’être en mesure de remplir le rôle d’agitateur qu’il devrait remplir. Exception faite de narguer le Canadien – et ses partisans – en tirant dans le filet du Tricolore en quittant la patinoire à la toute fin de la période d’échauffement, Perry n’a rien fait jusqu’ici dans cette série.
Il est peut-être rendu au bout du rouleau. À bientôt 41 ans, après 21 saisons dans la LNH, on pourrait comprendre...
Le meilleur est à venir?
Pour forcer la tenue d’un septième match et éventuellement gagner la série, le Lightning devra jouer du meilleur hockey.
« On a disputé de bons matchs jusqu’ici. Particulièrement les deux que nous avons gagnés. Mais encore hier, j’étais très content de plusieurs séquences de la partie. Mais dans une série aussi serrée, un petit détail, un bond favorable ou défavorable peut tout changer », a plaidé Jon Cooper qui espère obtenir le meilleur de tous ses joueurs vendredi.
« Peu importe ce que nous avons offert comme performance depuis le début de la série, il faudra être meilleur lors du prochain match. En donner plus », a ajouté Ryan McDonagh.
« En même temps, il ne faut pas partir en fou. Quand tu tentes de tout faire en même temps tu rates ton coup. On forme une bonne équipe. On croit en nous et en notre manière de jouer. Il faudra donc respecter ce plan de match. Jouer comme nous en sommes capables », a poursuivi McDonagh qui fait du bon travail à la ligne bleu du Lightning avec son partenaire Erik Cernak.
Bien qu’il soit un vétéran de bientôt 37 ans et qu’il compte 201 matchs d’expérience en séries éliminatoires, McDonagh est très heureux de ne pas avoir à patienter deux jours avant la prochaine rencontre.
« Le rythme est important. En plus, quand tu veux faire oublier un match comme celui d’hier (mercredi) alors qu’on a raté une belle occasion de prendre les devants dans la série, tu veux rejouer le plus vite possible. On a relevé de gros défis toute la saison. Nous en avons un autre à relever demain », a conclu le vétéran défenseur.
Une chose est certaine : le Lightning reviendra à Tampa samedi. Est-ce que le Canadien le suivra pour y disputer un septième match dimanche?
C’est loin d’être sûr!
Car c’est une chose de dire qu’on croit aux chances de revenir de l’arrière et de gagner la série, mais c’en est une autre d’y croire pour vrai. Et comme quelques joueurs, des joueurs importants en prime, ne semblent pas y croire pour vrai, le Lightning pourrait devoir composer avec l’odieux d’une quatrième élimination consécutive en première ronde.
Avec les conséquences qu’une quatrième éviction aussi rapide pourrait entraîner.











