La troisième saison de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) prend son envol ce vendredi. La Victoire de Montréal amorcera la sienne dimanche le 23 novembre, à Boston.
La ligue amorce un nouveau chapitre de son histoire avec l’ajout de deux équipes d’expansion, ce qui a chamboulé les six formations originales. Le calendrier de la campagne 2025-2026 sera également marqué par les Jeux olympiques en février. Nos trois analystes de hockey féminin, Karell Émard, Isabelle Leclaire et Stéphanie Poirier se prononcent sur les principaux enjeux de cette nouvelle saison.
Quelles sont vos attentes envers le Torrent de Seattle et les Goldeneyes de Vancouver? Le processus d’expansion leur a permis d’aller chercher plusieurs gros noms qui évoluaient dans les six équipes originales. Est-ce que les équipes de Seattle et Vancouver sont clairement favorisées?
Karell : Hilary Knight, Alex Carpenter, Danielle Serdachny et Cayla Barnes s’en vont à Seattle. Jennifer Gardiner, Sarah Nurse, Claire Thompson et Errance Maschmeyer sont à Vancouver. Au premier coup d’oeil, l’expansion leur a clairement permis de mettre la main sur des vedettes. Les deux équipes sont aussi allées chercher des joueuses de profondeur et d’autres qu’on va redécouvrir dans de nouveaux rôles.
Isabelle : je suis mitigée. Une nouvelle formation, ça veut dire qu’il n’y a pas de leadership bien en place. C’est sûr que les deux équipes sont allées chercher beaucoup d’offensive au repêchage. Par contre, à Seattle il y a beaucoup de gros noms à l’attaque, mais au niveau de la défensive et des filets, ce n’est pas si impressionnant que ça versus d’autres équipes. Étrangement, j’avantagerais peut-être Vancouver qui est plus équilibré, avec moins de superstars.
Stéphanie : sur papier, elles ont assurément de bonnes équipes, mais j’ai certaines interrogations. Par exemple, Hilary Knight qui a eu une superbe saison l’an dernier, mais elle a quand même 36 ans. Ou encore Sarah Nurse et Emerance Maschmeyer qui ont subi plusieurs blessures dans les dernières années. C’est sûr qu’il va y avoir beaucoup d’excitation en début de saison au sein des deux équipes, mais est-ce que cette énergie va durer toute la saison?
La Victoire Montréal a perdu plusieurs morceaux importants, dont les attaquantes Jennifer Gardiner et Abby Boreen, ainsi que la défenseuse Cayla Barnes. Toutefois, la directrice générale Danièle Sauvageau n’a pas chômé durant la saison morte en mettant sous contrat des joueuses d’impact sur le marché des joueuses autonomes, en plus de sélectionner de nouveaux espoirs au repêchage. Quelle est la nouvelle joueuse à Montréal qui fera la plus grande différence?
Stéphanie : je vais y aller avec Abby Roque. Elle a la capacité physique pour soutenir le rythme de la LPHF. C’est aussi une fille qui a le potentiel de marquer beaucoup de buts, mais qui a tendance à être indisciplinée.
Isabelle : Je pense aussi qu’Abby Roque peut apporter quelque chose d’unique avec son style physique. Sinon, Nicole Gosling pourrait faire la différence en défensive. C’est une joueuse mobile qui comblera la perte de Barnes en terme d’apport offensif.
Karell : Shiann Darkangelo a gagné partout où elle est passée. C’est une leader silencieuse et une joueuse de centre qui apportera de la stabilité. J’ai aussi hâte de voir Jade Downie-Landry qui est une marqueuse de buts naturelle.
Les deux premières saisons régulières de Montréal ont été couronnées de succès, mais la Victoire n’a pas réussi à se qualifier pour la finale de la Coupe Walter. Croyez-vous que l’équipe a ce qu’il faut pour y arriver?
Isabelle : chaque année, on pensait que Montréal pouvait aller jusqu’au bout, donc je suis très prudente. Il y a une chose qui est certaine, c’est que la Victoire a la meilleure brigade défensive. La ligne de centre est beaucoup plus forte et l’équipe a un physique plus imposant. On ajoute aussi de l’expérience intéressante avec l’arrivée de Hayley Scamurra, Maggie Flaherty, Shiann Darkangelo, Abby Roque, etc… Je pense que Montréal a fait un pas en avant.
Karell : sur papier, Montréal a amélioré sa profondeur au centre et en défensive, en plus d’ajouter de la physicalité. La Victoire avait déjà une gardienne qui allait très bien, Ann-Renée Desbiens, et deux joueuses en Marie-Philip Poulin et Laura Stacey qui font un travail exceptionnel. On aura peut-être la chance de voir une équipe plus structurée dans le sens où chaque trio aura son rôle.
Stéphanie : je les vois assurément en finale. En fait, j’ai envie de dire qu’elles n’ont pas le choix sinon ça va amener d’importantes remises en question. Leurs meilleures joueuses sont encore les tops de la ligue. Danièle Sauvageau a fait du bon travail avec les mises sous contrat et le repêchage.
Est-ce que le calendrier entrecoupé par la Série de la Rivalité et les Jeux olympiques, sera un défi supplémentaire?
Karell : ce sera un défi physique, mais aussi émotionnel. En début de saison, il va y avoir des moments d’adaptation en raison des changements. Ensuite, les joueuses des équipes nationales seront très sollicitées. Quand ça fait quatre ans que tu espères remporter la médaille d’or, c’est certain qu’il y aura une grande déception pour celles qui n’y arriveront pas. Je pense que ce sera une année d’anxiété.
Stéphanie : je ne comprends plus la raison d’être de la Série de la Rivalité. D’accord pour la préparation olympique, mais j’espère vraiment que ça disparaitra. Ensuite, il y aura une pause d’environ trois semaines pour les Olympiques. Celles qui vont en revenir auront joué à un niveau super compétitif pendant que les autres s’entrainaient. Le défi sera de remettre les morceaux du casse-tête en place avant les séries.
Isabelle : à Montréal ou Toronto, quand en plus ton personnel d’entraineurs est parti pour un bon moment, ce sera un défi supplémentaire. Pour les joueuses qui restent dans leur environnement local, qui continuent de s’entrainer, ça devient complexe à gérer. Pour celles qui vont aux Olympiques, c’est un stress supplémentaire. Gagne ou perd, l’adrénaline créera une certaine fatigue.





